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Une première historique pour le dialogue œcuménique

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La nouvelle archevêque de Canterbury, première femme à diriger l’Église anglicane, entame une visite de quatre jours à Rome où elle rencontrera le pape Léon XIV. Un événement qui s’inscrit dans la continuité des échanges engagés depuis soixante ans entre les deux Églises.

Sarah Mullally, qui a pris ses fonctions il y a un mois, effectue son premier déplacement à l’étranger depuis son intronisation. Elle sera reçue lundi matin par le souverain pontife, à la tête des 1,4 milliard de catholiques dans le monde. Cette audience marque un nouveau chapitre dans les relations entre Londres et le Vatican, soixante ans après la rencontre historique entre Michael Ramsey et Paul VI en 1966, la première à ce niveau depuis la rupture du roi Henri VIII avec Rome au XVIe siècle.

Les liens entre les deux institutions se sont considérablement renforcés au fil des décennies, bien que des divergences persistent. En 2016, leurs représentants respectifs avaient souligné l’émergence de nouveaux désaccords, notamment sur l’ordination des femmes. La visite de Sarah Mullally revêt donc une importance particulière. Ancienne infirmière de 63 ans, mariée et mère de deux enfants, elle est la première femme à occuper la plus haute fonction religieuse de l’Église d’Angleterre, qui compte 85 millions de fidèles.

Les premières femmes évêques anglicanes ont été consacrées aux États-Unis en 1989, et leur ordination est autorisée au sein de l’Église d’Angleterre depuis 2014. Cette question reste toutefois source de tensions. L’Église catholique, de son côté, a toujours exclu l’ordination des femmes, tandis que le célibat des prêtres reste la règle, à l’exception des prêtres anglicans mariés qui se convertissent. Des militantes des droits des femmes, qui espéraient des avancées sous le pontificat de François, décédé l’an dernier, estiment que la venue de Sarah Mullally pourrait contribuer à faire évoluer les mentalités. Sylvaine Landrivon, porte-parole de l’association catholique féministe Magdala, a estimé que cette rencontre pourrait amener le pape à reconnaître que les femmes, qui représentent la moitié du peuple de Dieu, possèdent les mêmes compétences que les hommes.

Cette visite intervient six mois après que le roi Charles III est devenu le premier gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre à prier aux côtés d’un pape. Dans une lettre adressée à Sarah Mullally pour son intronisation, Léon XIV, élu le 8 mai 2025, a exprimé son souhait de voir émerger une communauté chrétienne réconciliée, fraternelle et unie. L’évêque Anthony Ball, représentant de l’archevêque auprès du Saint-Siège, a souligné que cette rencontre constituait une occasion importante de construire une relation personnelle et de consolider les liens institutionnels.

Sarah Mullally a salué l’appel courageux du pape en faveur de la paix, après que le président américain Donald Trump a critiqué les positions du pontife sur la guerre au Moyen-Orient. L’archevêque de Canterbury et le pape sont confrontés à des défis communs, qu’il s’agisse de questions sociales urgentes comme l’immigration, la pauvreté, les conflits ou l’environnement, ou encore de la manière de toucher les jeunes générations. Leurs Églises ont également été ébranlées par des révélations de violences sexuelles commises par des membres du clergé et dissimulées par les institutions. Leurs unités internes sont mises à l’épreuve par des tensions entre factions conservatrices et progressistes sur des sujets tels que la liturgie, le mariage homosexuel et le célibat des prêtres.

La nomination de Sarah Mullally a profondément divisé la Communion anglicane, en raison à la fois de son sexe et de sa position favorable au mariage entre personnes homosexuelles. Anthony Ball s’attend à ce que le pape Léon XIV se montre respectueux de cette nomination et que l’archevêque n’insiste pas sur la question des femmes dans l’Église. Il a estimé qu’elle se montrerait réticente à être instrumentalisée dans un agenda qui n’est pas le sien, notamment au sein d’une autre Église que la sienne. Elle a déjà suffisamment à gérer avec la Communion anglicane, a-t-il ajouté.

Léon XIV a hérité de François une Église divisée sur de grands enjeux sociétaux. Durant ses douze années de pontificat, le réformateur argentin avait souvent irrité les traditionalistes, notamment aux États-Unis et en Afrique, en cherchant à ouvrir l’Église catholique. Pour Anthony Ball, Sarah Mullally et le pape Léon ont jusqu’à présent fait preuve d’une grande capacité d’écoute. Léon XIV prend le temps d’écouter, d’entendre et de discerner comment permettre aux gens d’avancer ensemble, et l’archevêque Sarah semble animée par une démarche similaire, a-t-il conclu.

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