Planète
Francis Kéré, l’architecte qui bâtit un monde durable avec des matériaux locaux

L’architecte burkinabè, seul lauréat africain du prix Pritzker, poursuit son ascension mondiale en concevant des édifices alliant esthétique, fonctionnalité et respect de l’environnement, à l’image de son dernier chantier à Dakar.
Francis Kéré, figure de proue de l’architecture durable, incarne une vision où la tradition rencontre la modernité. Son cabinet berlinois a récemment achevé le Goethe-Institut de Dakar, un centre culturel allemand qui illustre parfaitement sa philosophie. L’édifice repose sur des briques d’argile rouge issues de la région, un système de ventilation naturelle et un imposant baobab planté en son cœur, symbole de rassemblement et de dialogue.
Né à Gando, un village du Burkina Faso, Kéré a quitté son pays pour étudier la menuiserie en Allemagne avant de se former à l’architecture. Son premier projet, l’école primaire de sa communauté natale, a posé les fondations de sa démarche. Il y a utilisé de l’argile locale mélangée à du ciment pour créer des briques offrant une isolation thermique efficace, tandis qu’un toit surélevé protégeait la structure des intempéries sans accumuler la chaleur.
Ces principes se retrouvent aujourd’hui dans ses réalisations les plus ambitieuses. Le Goethe-Institut de Dakar, d’un coût de quatre millions de dollars, bénéficie d’un système de murs perforés qui favorise la circulation de l’air et réduit le recours à la climatisation. La cour intérieure, dominée par le baobab, devient un espace de vie central autour duquel s’organisent toutes les fonctions du bâtiment.
L’architecte déplore que le verre et le béton soient encore perçus comme les seuls matériaux dignes des constructions urbaines, alors que l’argile est souvent reléguée aux projets destinés aux plus démunis. Il estime que les techniques bioclimatiques pourraient être largement intégrées au tissu urbain si les décideurs et les concepteurs s’en saisissaient sérieusement. Pour lui, repenser la manière de bâtir les villes est essentiel pour réduire la consommation énergétique.
Son cabinet, Kéré Architecture, mène actuellement plusieurs chantiers d’envergure sur le continent africain. Au Bénin, le futur bâtiment de l’Assemblée nationale s’inspire de la forme de l’arbre à palabres. Au Burkina Faso, il a achevé l’année dernière un mausolée dédié à Thomas Sankara, figure du panafricanisme. Malgré les violences jihadistes qui secouent le pays depuis 2015, Kéré continue d’y construire des écoles, une dizaine l’an dernier, même s’il regrette de ne plus pouvoir y emmener ses étudiants européens en toute sécurité.
À l’international, son influence s’étend jusqu’à Las Vegas, où il conçoit un musée d’art utilisant des ressources locales, et à Rio de Janeiro, où il imagine une bibliothèque et un centre culturel baptisé « Biblioteca dos Saberes ». L’architecte confie sa surprise face à la diversité des commandes qui lui sont adressées, mais reste attaché à l’Afrique, continent où il a débuté sa carrière et où il estime que son travail est le plus nécessaire.

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