Culture
Un instrument aux origines troubles divise les experts en Alsace
Un violon Stradivarius daté de 1719, estimé à plus de dix millions d’euros, refait surface après des décennies de silence. Une spécialiste des biens spoliés affirme avoir identifié l’instrument dérobé en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un mystère entoure la réapparition supposée d’un prestigieux violon Stradivarius en Alsace. Pascale Bernheim, présidente de l’association Musique et spoliations, suit la trace de cet instrument depuis plusieurs années. Elle affirme que le violon présenté fin mars lors d’une soirée au musée Unterlinden de Colmar pourrait être le fameux “Lauterbach”, dérobé au Musée national de Varsovie en 1944 par les nazis. Ce violon, fabriqué par le célèbre luthier italien Antonio Stradivari, n’avait plus été aperçu depuis le début des années 1990 en France, après avoir traversé la Guerre froide et séjourné en RDA.
L’experte a été alertée par un article de presse locale relatant un concert dans le cadre du Festival de Pâques de Colmar. Le violoniste Emmanuel Coppey y a joué sur plusieurs instruments anciens, dont un spécimen de 1719 attribué à Stradivari. Pour Pascale Bernheim, aucun doute n’est permis. Elle est formellement convaincue qu’il s’agit du Lauterbach, du nom d’un de ses premiers propriétaires.
Seulement neuf Stradivarius de cette année existent, et deux sont portés disparus. L’un d’eux, le “Lautenschlager”, possède un dos constitué de deux planches de bois, ce qui ne correspond pas à l’instrument joué à Colmar, qui n’en compte qu’une. Cette donnée n’exclut toutefois pas l’identification au Lauterbach.
La piste remonte à 2017, lorsque l’organisateur du concert, Emmanuel Jaeger, avait contacté l’experte pour l’aider à retracer l’origine d’un violon en possession du luthier strasbourgeois Jean-Christophe Graff. Ce dernier pensait détenir un “Vuillaume”, instrument moins prestigieux, jusqu’à ce que le spécialiste britannique Charles Beare, décédé en 2025, examine l’objet et déclare qu’il s’agissait d’un Stradivarius de la plus belle période. Le luthier s’inquiétait alors de la possibilité de détenir un bien spolié.
Pascale Bernheim a mené des recherches approfondies. Elle a retrouvé la trace du propriétaire du Lauterbach pendant la guerre, l’industriel polonais Henryk Grohman, et identifié des descendants vivant en Autriche et en Argentine. L’instrument a fait l’objet de deux expertises, dont une analyse dendrochronologique visant à dater le bois. Pourtant, son origine n’est pas encore établie avec une certitude absolue.
Emmanuel Jaeger et le luthier strasbourgeois n’ont pas donné suite aux sollicitations de l’AFP. L’organisateur a toutefois déclaré à la presse que l’experte se trompait. Selon lui, le violon prêté pour la soirée de Colmar est un autre Stradivarius de 1719. Pascale Bernheim concède la possibilité d’une erreur, mais elle interroge. Si l’instrument est bien un Stradivarius de cette année sans être le Lauterbach, alors elle demande quel est cet exemplaire et d’où il provient.
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