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Des chefs de gang écrasés par les témoignages au Salvador

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Dans le cadre d’un procès collectif sans précédent, des centaines de membres de la Mara Salvatrucha entendent les récits glaçants de leurs victimes, retransmis depuis les prisons de haute sécurité.

Au cœur du Centre de Confinement du Terrorisme (Cecot), quelque 220 détenus issus de la Mara Salvatrucha ont assisté, jeudi, à l’audition de témoins décrivant des actes de torture et des exécutions sommaires. Ce procès, le premier visant la hiérarchie d’un gang au Salvador, rassemble au total 486 prévenus, tous membres de cette organisation classée comme terroriste par les autorités. Ils comparaissent par vidéoconférence depuis plusieurs établissements pénitentiaires.

Ces hommes sont accusés d’avoir orchestré plus de 29 000 homicides, dont ceux de 87 personnes en mars 2022, événement qui avait conduit le président Nayib Bukele à lancer une offensive militaire contre les gangs. À l’époque, la Mara Salvatrucha et le Barrio 18 contrôlaient près de 80 % du territoire national. Assis en rangées strictes sur des chaises en plastique, pieds et poings entravés, vêtus d’un short et d’un tee-shirt blancs, les accusés écoutent en silence les voix qui s’élèvent des haut-parleurs.

Un juge interroge un ancien membre du gang, qui relate avoir brûlé les parties génitales et les fesses de ses victimes, affirmant avoir agi sur ordre de ses supérieurs. Deux autres témoins protégés ont expliqué comment les chefs de la Mara Salvatrucha ordonnaient des meurtres depuis leur cellule, une pratique désignée sous le terme d’« ouverture de vannes », selon le procureur adjoint chargé de la lutte contre le crime organisé, Max Muñoz.

Parmi les prévenus présents au Cecot figurent une vingtaine de chefs et des dizaines de lieutenants, le corps couvert de tatouages. Certains lancent des regards intimidants aux journalistes. Les membres de la direction nationale du gang, la « Ranfla Nacional », à qui l’on attribue environ 9 000 crimes, étaient répartis dans trois salles distinctes. Borromeo Henriquez, alias « Diablito de Hollywood », et Carlos Tiberio Ramirez, surnommé « Snaider de Pasadena », ont écouté les charges sans réaction apparente. Dans la grande salle se trouvait également Dionisio Aristides Umanzor, dit « Sirra », à la tête d’une des cellules les plus violentes.

« Ces individus ont apporté le deuil et la souffrance à notre société pendant de nombreuses années », a déclaré le directeur du Cecot, Belarmino Garcia, à l’issue de l’audience. Les procès collectifs se multiplient au Salvador, où environ 91 000 personnes sont incarcérées dans le cadre de l’état d’exception instauré en mars 2022, qui autorise les arrestations sans mandat judiciaire. Depuis lors, des organisations de défense des droits humains dénoncent des détentions arbitraires, des actes de torture et des décès en prison.

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