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Les nouveaux édiles RN bousculent les codes dès leur entrée en fonction

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Depuis leur élection fin mars, plusieurs maires Rassemblement national se sont illustrés par des décisions symboliques fortes, ciblant le drapeau européen, les syndicats ou la culture. Si la direction du parti affiche sa solidarité, certains cadres redoutent que ces polémiques ne nuisent à la campagne présidentielle à venir.

À peine installés dans leurs fonctions, quelques élus locaux du Rassemblement national ont choisi de marquer leur territoire en retirant le pavillon bleu étoilé de l’Union européenne des façades de leurs mairies. Christophe Barthès, nouveau maire de Carcassonne, a mené cette opération avec une certaine ostentation, bientôt suivi par ses homologues de Cagnes-sur-Mer et d’Harnes, dans le Pas-de-Calais, ce dernier agissant avec davantage de discrétion. Interrogé sur ces initiatives, Jordan Bardella, eurodéputé et président du parti, a tenté de prendre ses distances en rappelant que ces édiles n’étaient pas sous sa tutelle, tout en affirmant qu’en cas de victoire à l’élection présidentielle, seul le drapeau tricolore flotterait sur les institutions nationales.

La direction du mouvement a rapidement resserré les rangs. Une figure dirigeante a souligné que retirer ces emblèmes ne constituait en rien une infraction, tandis que Louis Aliot, vice-président du RN et maire réélu de Perpignan, a ironisé sur le fait qu’il avait lui-même procédé à cette suppression il y a plusieurs années sans que personne ne s’en émeuve. Les nouveaux venus ne se sont pas arrêtés là. À Liévin, le maire a supprimé la cérémonie du 1er Mai organisée à l’hôtel de ville, estimant que les syndicats détournaient cette tradition à des fins politiques et propagandistes. Une décision qui a suscité des remous dans le bassin minier, pourtant proche du fief de Marine Le Pen.

Certains responsables du parti auraient préféré éviter cette controverse. Un parlementaire a confié que ce jeune élu, peut-être malgré lui, avait besoin d’être encadré en début de mandat pour ne pas donner l’impression que la liberté syndicale serait menacée en cas d’accession au pouvoir. Cette préoccupation est d’autant plus vive que les deux candidats potentiels du RN multiplient les rencontres avec le monde patronal. Pourtant, il est difficile de modérer les ardeurs des plus zélés. Christophe Barthès, toujours lui, entend désormais expulser les syndicats de la bourse du travail de Carcassonne, jusqu’ici mise à leur disposition gratuitement. Il a également supprimé les subventions à la Ligue des droits de l’Homme et menacé de faire de même avec les associations qui s’opposeraient à sa politique.

Louis Aliot a défendu son collègue en le décrivant comme une forte personnalité, un peu brutale mais correspondant à ce pour quoi les électeurs ont voté. D’autres voix, plus réservées, admettent que cet élu a les défauts de ses qualités, mais regrettent qu’il ne soit pas le plus habile de la bande. Un cadre a exprimé le souhait que les responsables locaux évitent de sombrer dans une forme de règlement de comptes, d’autant que ces polémiques pourraient peser sur la campagne présidentielle. Un habitué des médias nationaux a confié ne pas vouloir commenter les décisions des maires pendant cette période, sans même évoquer les répercussions possibles lors des élections sénatoriales de septembre.

Face à ces critiques, une autre figure du parti a rejeté la responsabilité sur un traitement médiatique disproportionné, dénonçant une tentative de diaboliser les élus RN. Un parlementaire, dépité, a regretté que la moindre action soit montée en épingle. La liste des mesures contestées s’allonge pourtant : réduction des subventions aux associations à Bagnols-sur-Cèze et à La Flèche, diminution du festival de cinéma et des concerts estivaux gratuits à Agde, annulation du festival de jazz à Vauvert. Un autre choix culturel risque d’alimenter les critiques : le chanteur Jean-Luc Lahaye, condamné à deux reprises pour atteinte sexuelle et corruption de mineurs et toujours mis en examen pour viol et agression sexuelle sur mineur, est annoncé en concert le 29 mai à Hénin-Beaumont, puis le 14 juillet à Billy-Montigny. Le maire de cette dernière commune a justifié cette invitation en estimant que l’artiste avait payé sa dette à la société.

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