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Les fantômes du clan Yoda défilent à la barre
Les anciens membres présumés du gang marseillais, dont le procès s’est ouvert lundi, multiplient les dénégations et se présentent comme des délinquants repensés, loin de l’image de l’organisation criminelle qui a prospéré dans les quartiers Nord.
Ils étaient connus sous le nom des « Yoda », en référence au célèbre personnage de la saga Star Wars. Mais ce mardi, devant le tribunal correctionnel de Marseille, les vingt prévenus de ce clan, jadis l’un des plus influents du narcotrafic local, ont livré un tout autre visage. Tour à tour, ils se sont décrits comme d’anciens petits délinquants, affirmant avec insistance n’avoir jamais participé aux activités illicites qui leur sont reprochées. Leur leitmotiv, répété à la barre, tient en une phrase : « Ce n’était pas moi. »
L’enquête révèle pourtant que cette organisation a contrôlé pendant plusieurs années l’un des points de deal les plus rentables de la cité de la Paternelle, dans les quartiers Nord de Marseille. Après l’interrogatoire de personnalité de Félix Bingui, le chef présumé du gang, qui a juré n’avoir « rien à faire » dans ce dossier, ses complices présumés, pour la plupart âgés d’une trentaine d’années, ont défilé à leur tour. Loin de leur apparente opulence passée, faite de séjours à Dubaï, Marbella ou Courchevel, ils ont évoqué des « erreurs de jeunesse » et assuré avoir « changé ». Beaucoup, gros consommateurs de stupéfiants et au casier judiciaire chargé, ont nié toute implication dans le trafic, certains allant jusqu’à invoquer des erreurs d’enquête ou des confusions d’identité.
Mohamed Hussein Saleh, dit « Pirate », 32 ans, est l’un d’eux. Homme frêle au crâne rasé, il comparaît libre, comme la plupart des coprévenus, après plusieurs mois d’incarcération. Au moment des faits, il résidait à Dubaï, tout comme Félix Bingui, et dépensait des sommes importantes dans des établissements de luxe, des objets de valeur et des voyages. Aujourd’hui sans emploi, il vit du RSA et est « hébergé » à Paris. Ce sont ses parents qui ont réglé une partie de son cautionnement. Interrogé sur ses séjours aux Émirats arabes unis entre 2021 et 2023, il a expliqué y être allé « en vacances », ajoutant avoir voulu y travailler comme serveur, mais ne parlant pas anglais. L’accusation le présente pourtant comme le « bras droit » de Félix Bingui. Depuis son box, ce dernier, imperturbable, écoute attentivement les débats.
La présidente du tribunal s’est étonnée de ses moyens financiers, alors qu’il n’avait aucun revenu déclaré après avoir interrompu un BEP carrosserie à 18 ans. « J’avais un peu de moyens, j’avais gagné des paris », a-t-il répondu. Une source de revenus évoquée de manière récurrente dans le dossier, a noté la magistrate, après que Félix Bingui avait lui aussi mentionné des gains importants aux paris sportifs. Ses neuf mentions au casier judiciaire ? « J’étais jeune, j’avais de mauvaises fréquentations, c’était l’inconscience », a-t-il tenté. Jugé pour trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment en récidive, il encourt jusqu’à vingt ans de prison, tout comme son ami Bingui.
Marhez K., lui aussi, rêvait de s’installer à Dubaï. Accusé d’association de malfaiteurs et de blanchiment, il gérait une pizzeria mais, dit-il, « avec tout ce qu’il se passait à Marseille, je voulais partir ». Il refuse de s’étendre sur les raisons de son départ, mais à l’époque, le clan Yoda était engagé dans une guerre de territoires qui a fait des dizaines de morts et de blessés, jusqu’à ce que la DZ Mafia prenne le dessus en 2023, poussant certains rescapés à l’exil. « Vous manifestez des réticences. De quoi avez-vous peur ? », lui a demandé la présidente. Comme plusieurs autres prévenus, dont certains portent un masque chirurgical jusqu’à l’entrée dans la salle d’audience, Marhez K. s’exprime d’une voix à peine audible et rechigne à donner des détails.
Farid M., 30 ans, a confié au magistrat instructeur avoir été « menacé » en prison. Pour quelles raisons ? « Pour tout et rien », a-t-il répondu laconiquement. La présidente lui a alors rappelé ses propres déclarations : « Vous avez dit en audition : ‘On m’a mis une étiquette, on m’a dit que j’étais un Yoda’. » Les interrogatoires consacrés aux faits doivent débuter mercredi et se poursuivre jusqu’au 29 mai, avec une fin de procès prévue le 5 juin.
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