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« Le cinéma doit rester polémique »

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Pour Cristian Mungiu, Palme d’or en 2007, l’art cinématographique doit provoquer le débat, non conforter les certitudes idéologiques dominantes.

Le réalisateur roumain, de retour en compétition officielle avec « Fjord », s’inquiète d’une tendance qu’il juge préoccupante dans le septième art. « Je trouve que nous avons commencé à perdre la liberté d’exprimer vraiment ce que l’on pense », confie-t-il. À ses yeux, trop de longs métrages se contentent de valider les dogmes du moment, une pratique qu’il estime contraire à la vocation première du cinéma.

Dans son nouveau film, Cristian Mungiu installe son intrigue en Norvège. Un couple évangélique très croyant, interprété par Sebastian Stan et Renate Reinsve, s’établit avec ses cinq enfants dans une société qui se targue d’être tolérante et respectueuse des minorités. L’intégration semble d’abord se dérouler sans accroc. Mais le basculement survient lorsque des soupçons de violences intrafamiliales se font jour. Les autorités se retournent alors contre les parents, remettant en cause leur éducation rigoriste, leur rejet des technologies modernes et leur foi profonde. La situation s’envenime jusqu’à l’ouverture d’une procédure de placement pour tous les enfants, y compris le nourrisson encore allaité.

Le cinéaste, qui avait décroché la Palme d’or il y a vingt ans avec « 4 mois, 3 semaines, 2 jours », une œuvre dénonçant la criminalisation de l’avortement en Roumanie, refuse de prendre parti pour le camp conservateur. Il assume néanmoins avoir « beaucoup plus d’attentes à l’égard d’une société progressiste qui considère qu’elle a trouvé les bonnes réponses pour l’avenir et qui se croit toujours supérieure ». Peu lui importe que son film puisse ravir les adversaires du courant woke ou irriter ses défenseurs. « Je ne suis pas ici pour faire plaisir à quelqu’un », martèle-t-il. « On doit prendre des risques dans le cinéma. »

Inspiré de faits réels, « Fjord » puise également dans l’histoire personnelle du réalisateur, âgé de 58 ans. Ayant grandi sous le régime de Nicolae Ceaușescu, il se souvient d’un système qui prétendait savoir mieux que les citoyens ce dont ils avaient besoin. « Nous avons cru que cela s’était arrêté avec la chute du communisme, mais aujourd’hui nous découvrons que cela peut arriver, même avec les meilleures intentions, dans les sociétés démocratiques », observe-t-il.

Mungiu ne considère pas son œuvre comme une simple critique du progressisme contemporain. Il y voit plutôt une réflexion sur la polarisation croissante des sociétés. « Il est vraiment important que cela crée un débat sur les raisons pour lesquelles nous avons ce genre de sociétés radicalisées à gauche et à droite », explique-t-il. « On se demande parfois comment nous en sommes arrivés là et pourquoi il est si difficile de vivre dans une société où les gens ont des valeurs différentes. »

Sur un plan plus personnel, « Fjord » pourrait permettre à Cristian Mungiu d’intégrer le cercle très restreint des cinéastes ayant remporté deux Palmes d’or. « Je suis très content qu’après deux années de travail pendant lesquelles toute l’équipe disait ‘on se revoit à Cannes’, cela se soit vraiment réalisé », confie-t-il. « Mais maintenant, nous passons à un autre niveau de pression. » Présenté lundi sur la Croisette et attendu dans les salles françaises en août, le film a reçu un bon accueil de la critique internationale et figure parmi les prétendants sérieux à la récompense suprême, dont le nom sera dévoilé samedi. « Il est tout à fait naturel et humain d’espérer que tu vas avoir un prix », glisse le cinéaste.

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