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Le recyclage des cartouches de protoxyde d’azote, un défi environnemental et financier croissant

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Face à l’explosion de la consommation détournée de ce gaz, les opérateurs de traitement peinent à gérer des volumes toujours plus importants de bonbonnes abandonnées, tandis que les collectivités locales dénoncent un coût exorbitant pour l’argent public.

Dans un entrepôt bruyant de Seine-et-Marne, les cartouches métalliques s’amoncellent par milliers. Le dirigeant de l’entreprise spécialisée dans leur traitement constate une progression fulgurante des volumes reçus. Alors que l’activité avoisinait les 300 000 unités l’année précédente, les prévisions pour l’exercice en cours dépassent les 600 000. Un flux qui dépasse largement les besoins du seul usage alimentaire ou médical, souligne-t-il avec ironie.

Détourné de sa vocation première, le protoxyde d’azote est devenu un produit prisé dans les milieux festifs, notamment par des adolescents et de jeunes adultes qui l’inhalent après avoir perforé les cartouches. Sur les déchets en attente de traitement, des marques aux noms évocateurs ou aux illustrations inspirées de jeux vidéo trahissent cette dérive. Le recyclage de ces bouteilles représente désormais l’essentiel du travail de cette société, installée à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Pour faire face à cette croissance, les effectifs ont été renforcés ces dernières années.

Le processus de valorisation est méticuleux. Chaque cartouche est démontée manuellement pour séparer les différents matériaux que sont l’acier, le laiton et le plastique. Le gaz résiduel, un puissant agent à effet de serre, est extrait puis incinéré. Ce traitement minutieux coûte entre dix et cinquante euros par unité selon la taille, une dépense jugée problématique par les collectivités locales qui en supportent la charge.

Lorsque ces déchets ne suivent pas cette filière formelle, les conséquences sont autrement plus lourdes. L’an dernier, près d’un million de cartouches ont été jetées avec les ordures ménagères dans la région parisienne. Leur passage dans les incinérateurs a provoqué plus de 25 000 explosions, soit environ une toutes les deux heures. Les réparations des installations endommagées et les arrêts contraints des fours représentent un préjudice annuel de 15 millions d’euros, déplore le responsable de l’agence métropolitaine de gestion des déchets.

Une commune de Seine-Saint-Denis a été la première à solliciter l’entreprise de recyclage face à ces nuisances. L’élue locale décrit une évolution frappante du phénomène, passé de quelques petites cartouches sur un parking à des centaines de grosses bouteilles collectées sur le seul territoire de sa ville. Elle exprime sa colère face à une situation qu’elle juge absurde, dénonçant l’absence d’interdiction pour un produit jugé dangereux tant sur le plan sanitaire qu’environnemental. Les chiffres officiels confirment l’urgence sanitaire, avec une multiplication par trois des signalements d’intoxications entre 2022 et 2023, et un quadruplement des cas graves, dont une victime sur dix est mineure.

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