Europe
L’eau douce, une denrée plus rare que l’or dans les îles volcaniques de Sicile
Sur l’archipel des Éoliennes, l’accès à l’eau potable est un combat quotidien. Entre dépendance aux bateaux-citernes et projets de dessalinisation…


Sur l’archipel des Éoliennes, l’accès à l’eau potable est un combat quotidien. Entre dépendance aux bateaux-citernes et projets de dessalinisation controversés, les habitants naviguent entre nécessité et préservation de leur environnement.
Au large de la Sicile, sept îles volcaniques abritent près de 15 000 résidents permanents et des flots de touristes chaque été. Le problème est simple et implacable. Le sous-sol volcanique ne retient presque pas d’eau. Les nappes phréatiques sont quasi inexistantes. La solution historique, des navires-citernes acheminés depuis le continent, coûte une fortune et reste à la merci du moindre coup de vent. Quand la mer se déchaîne, comme à Stromboli, les barges ne peuvent plus accoster et les réserves s’épuisent. Un restaurateur local raconte que ses concitoyens se retrouvent alors sans une goutte. L’été aggrave la pression. En 2024, plus de 146 000 touristes ont débarqué sur six des sept îles habitées, multipliant la demande en eau de manière vertigineuse.
Face à cette épée de Damoclès, la technologie apporte une réponse partielle. Sur l’île de Vulcano, deux grands silos blancs abritent un dessalinisateur qui tourne sans discontinuer depuis dix ans. L’eau de mer est pompée à environ 200 mètres de la côte, filtrée, puis forcée à travers une membrane ultra-fine qui retient le sel. Résultat 300 000 mètres cubes d’eau potable produits chaque année, soit assez pour couvrir tous les besoins de l’île, été comme hiver. Le coût de revient est sept fois inférieur à celui de l’eau transportée par bateau. Un ingénieur local explique que cette usine fonctionne en continu, sans faille. Une vraie bouffée d’oxygène dans un archipel où chaque litre compte.
Mais cette solution technique ne séduit pas tout le monde. Sur les îles voisines de Stromboli, Alicudi, Filicudi et Panarea, la mairie de Lipari veut installer quatre nouvelles usines de dessalement. Le projet suscite une vive opposition. Des associations et des riverains pointent un manque d’études sur l’impact environnemental dans un sanctuaire classé à l’Unesco. Les rejets de saumure très concentrée en sel menacent les herbiers de posidonie, véritables poumons de la Méditerranée. Une fondation environnementale a même demandé la suspension des autorisations. Des experts suggèrent des alternatives souvent oubliées. Réparer les fuites des réseaux d’eau, recycler les eaux usées, capter l’eau de pluie, mieux réguler l’afflux touristique. Autant de pistes pour alléger la pression avant de construire de nouvelles infrastructures. Les habitants, eux, ont appris à gérer chaque goutte comme un trésor. Comme le dit un guide local, sans eau, on ne fait rien. Et sur ces rochers perdus en mer, elle vaut presque de l’or.
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