Économie
Le Sinaï en chantier, un patrimoine millénaire sous pression


_**Au cœur du désert égyptien, le développement touristique massif autour du monastère de Sainte-Catherine suscite de vives inquiétudes pour l’intégrité du site sacré et l’équilibre de ses communautés.**_
Le silence séculaire des sommets du Sinaï est désormais traversé par le grondement des machines. Dans cette région aride, un vaste programme d’aménagement, présenté par les autorités comme un vecteur de prospérité, transforme profondément le paysage autour de la localité de Sainte-Catherine. Ce lieu, qui abrite le plus ancien monastère chrétien encore en activité et constitue un point de convergence pour les pèlerins de plusieurs confessions, est classé au patrimoine mondial de l’humanité.
Des complexes hôteliers de grande envergure, dont les structures se dressent déjà près des oliveraies, matérialisent cette ambition de développer un tourisme à large échelle. Pour les défenseurs du patrimoine et une partie des habitants, cette métamorphose s’opère au détriment de l’environnement naturel et culturel exceptionnel du site. Ils dénoncent des atteintes irréversibles, évoquant la destruction d’un cimetière ancestral, désormais reconverti en aire de stationnement, et des modifications du territoire qui altèrent son caractère historique.
La communauté bédouine Jabaliya, gardienne traditionnelle des lieux depuis des générations, exprime un sentiment d’exclusion. Si ses membres accompagnent depuis toujours les visiteurs sur les sentiers de randonnée et vers le sommet du mont Sinaï, ils craignent aujourd’hui que les retombées économiques du projet ne les marginalisent davantage. Leurs revendications pour de meilleures infrastructures et une participation aux décisions semblent, selon leurs dires, être restées lettre morte.
Les tensions ont également touché le monastère orthodoxe lui-même, secoué par des dissensions internes et une récente décision de justice égyptienne affirmant la propriété étatique des terrains qu’il occupe. Cette situation a provoqué des remous diplomatiques et ajouté une couche d’incertitude sur l’avenir de cette institution religieuse emblématique.
Malgré les mises en garde répétées de l’Unesco, qui a demandé l’arrêt des travaux en attendant une évaluation complète de leurs impacts, les chantiers ont progressé à un rythme soutenu. Les autorités affirment pour leur part que le développement a été mené en concertation et qu’il est essentiel pour dynamiser l’économie locale. Elles mettent en avant la création d’emplois et la modernisation des équipements.
Sur le terrain, l’ambiance est mitigée. Certains résidents nourrissent l’espoir que l’afflux de visiteurs améliorera leurs conditions de vie. D’autres, plus sceptiques, s’interrogent sur la viabilité de ces nouvelles infrastructures luxueuses dans un environnement si isolé et sur le partage réel des bénéfices. La question de l’adéquation entre la préservation d’un héritage universel et les impératifs du développement économique reste entière, posant un défi complexe aux portes du désert.





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