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Le scandale Le Scouarnec : des centaines de victimes et des enquêtes lacunaires


L’ancien chirurgien, déjà condamné pour des agressions sexuelles, est jugé pour des viols sur 299 patients. Une nouvelle enquête vise à identifier d’autres victimes, dont certaines ont été négligées par les investigations initiales.
Le procès de Joël Le Scouarnec, ancien chirurgien viscéral, se déroule actuellement à Vannes. Accusé de viols et d’agressions sexuelles sur 299 patients, principalement mineurs, il fait l’objet d’une nouvelle enquête préliminaire visant à identifier d’éventuelles victimes non recensées. Cette démarche, annoncée par le parquet général de Rennes, intervient alors que des lacunes dans les investigations précédentes ont été mises en lumière.
Les enquêteurs se sont principalement appuyés sur des carnets saisis chez l’accusé, dans lesquels il décrivait avec précision les sévices infligés à ses victimes. Ces documents ont permis d’identifier 332 personnes, dont certaines pour des faits prescrits. Cependant, des dizaines de victimes potentielles, mentionnées dans ces écrits, n’ont jamais été recherchées. Selon un arrêt de la cour d’appel de Rennes, des cas comme celui de P., 9 ans, ou A., 13 ans, n’ont fait l’objet d’aucune investigation.
Hugo Lemonier, auteur d’un livre sur l’affaire, dénonce une enquête titanesque mais incomplète. Il souligne que les carnets de Le Scouarnec ne sont pas exhaustifs, certaines années manquant et des fichiers ayant été détruits. Il s’interroge sur l’absence de demandes systématiques aux cliniques pour obtenir les listes des patients opérés par l’accusé, une démarche qui aurait pu combler les lacunes.
Lors de l’audience, la présidente de la cour, Aude Buresi, a interrogé le directeur d’enquête sur les erreurs commises. Celui-ci a admis des confusions entre victimes, notamment un cas où deux récits de violences ont été fusionnés par erreur, causant un traumatisme supplémentaire à l’une des personnes concernées. D’autres victimes, en revanche, n’ont jamais été contactées et ignorent peut-être encore les crimes subis.
Me Céline Astolfe, avocate de la Fondation pour l’Enfance, critique une enquête qui s’est laissée « submerger et aveugler » par les écrits de l’accusé, négligeant des réflexes élémentaires comme l’exploitation des fichiers patients. Elle évoque la possibilité d’une action en responsabilité de l’État pour dysfonctionnement de la justice.
Pour Me Francesca Satta, l’ouverture de cette nouvelle enquête représente une avancée majeure. Elle cite le cas d’Amélie Lévêque, une cliente qui n’a été contactée qu’après un long travail de mémoire, révélant un viol commis alors qu’elle avait 9 ans. L’avocate insiste sur la nécessité d’investiguer chaque mention dans les carnets, estimant que des dizaines de victimes pourraient encore être identifiées.
Hugo Lemonier soulève une question fondamentale : celle de la place des victimes dans le système judiciaire et du manque de moyens alloués aux enquêtes. Si la culpabilité de Le Scouarnec ne fait plus de doute, la réparation des victimes, toutes les victimes, reste un enjeu crucial.





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