Culture
Le sanctuaire américain des pellicules de cinéma inflammables


Dans les sous-sols de la Bibliothèque du Congrès, un bunker ultra-sécurisé abrite un patrimoine cinématographique aussi précieux que dangereux. Des milliers de bobines en nitrate, héritages fragiles des premiers temps du septième art, y sont préservées pour la postérité.
Au cœur de la campagne virginienne, à l’abri des regards, un complexe dédié à la conservation audiovisuelle protège un trésor aussi fragile que redoutable. Il s’agit de l’une des plus importantes collections au monde de films tournés sur support nitrate, une matière extrêmement inflammable qui fut la norme de l’industrie cinématographique de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe. Ces pellicules, réputées pour leur rendu visuel exceptionnel mais aussi pour leur instabilité chimique, sont conservées dans des conditions rigoureuses.
Le site, qui relève de la Bibliothèque du Congrès, héberge environ cent quarante-cinq mille bobines. Elles sont entreposées dans une série de cellules blindées, conçues pour isoler tout risque d’incendie. Chaque boîte est méticuleusement rangée, avec un espacement calculé pour empêcher la propagation des flammes tout en évitant tout mouvement. Cette architecture particulière, héritée d’un ancien bâtiment de la Réserve fédérale, n’a, à ce jour, connu aucun sinistre.
La mission de ce centre dépasse la simple mise sous cloche. Un vaste programme de numérisation est en cours pour sauvegarder ces œuvres et les rendre accessibles. Parmi les joyaux ainsi préservés figurent des négatifs originaux de classiques hollywoodiens, ainsi que des films issus des fonds des grands studios ou de collections personnelles de figures historiques comme Mary Pickford. L’objectif est double empêcher la disparition définitive de ces archives et permettre leur diffusion auprès du plus grand nombre.
Les spécialistes sur place travaillent dans un environnement strictement contrôlé, où toute source de chaleur ou d’étincelle est proscrite. Le nitrate, en se dégradant, peut en effet dégager des gaz combustibles. Leur expertise permet non seulement de stabiliser les supports, mais aussi de redécouvrir des œuvres que l’on croyait perdues. Des trouvailles récentes, comme des bobines contenant un film méconnu du pionnier Georges Méliès, rappellent que cette collection recèle encore des surprises.
Cette entreprise de préservation, initiée il y a plusieurs décennies, continue de s’enrichir. Elle témoigne d’une volonté de protéger la mémoire des premiers temps du cinéma, une époque dont une grande partie de l’histoire reste à écrire et à partager.





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