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Le plus ancien temple protestant de France renaît à Montbéliard

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Après cinq années de travaux, le temple Saint-Martin de Montbéliard rouvre ses portes, dévoilant des trésors architecturaux insoupçonnés et affirmant sa vocation de lieu de rencontre ouvert sur la cité.

Édifié au début du XVIIe siècle, le temple protestant Saint-Martin de Montbéliard, dans le Doubs, est le plus ancien de France encore en activité. Il accueille à nouveau le public depuis samedi, à l’issue d’un vaste chantier de restauration qui a permis de mettre au jour des éléments historiques inattendus. Ce bâtiment sobre mais imposant, construit en calcaire blanc et grès rose, domine la place Saint-Martin depuis 1607.

Le coût des travaux s’élève à 4,5 millions d’euros, financés par les collectivités publiques et la Fondation du patrimoine. Le pasteur Hugues Girardey, qui officie en ces lieux, se réjouit de voir le temple retrouver une seconde jeunesse. Il souhaite en faire un espace d’accueil et de rencontres, ouvert à tous. L’édifice, long de 37 mètres, se distingue par sa luminosité, sa chaire en bois sombre placée derrière le chœur et son orgue de 1755, qui compte 1 500 tuyaux. Au plafond, une peinture représentant Le Bon Berger ramenant une brebis égarée illustre avec discrétion l’art protestant.

L’architecte Heinrich Schickhardt, qui a conçu ce temple pour le prince Frédéric Ier, duc de Wurtemberg, s’est inspiré de l’Antiquité et de la Renaissance après un voyage en Italie. L’historien André Bouvard, qui a suivi le chantier, souligne que l’édifice se situe à mi-chemin entre la décoration allemande et la sobriété française. La restauration a révélé des décors peints en trompe-l’œil, oubliés depuis des siècles, qui soulignent les fenêtres et les frontons. Des tablettes interactives permettent désormais aux visiteurs d’approfondir leur découverte.

Des fouilles préventives ont également mis au jour les vestiges de l’église médiévale Saint-Martin, des XIe et XIIe siècles, sur laquelle le temple a été bâti. Le prince Frédéric Ier avait voulu un édifice magnifique pour affirmer l’identité protestante de Montbéliard. Le pays de Montbéliard compte encore près de soixante-dix temples protestants, témoins d’une Réforme relativement pacifique qui a fait de cette région une terre d’asile pour les persécutés.

Les valeurs protestantes, comme la rigueur, l’éducation généralisée et le travail conçu comme un devoir, ont marqué l’histoire locale et favorisé l’émergence de l’industrie automobile. Au XVIIIe siècle, des familles protestantes telles que Peugeot, Japy ou Méquillet ont contribué à faire de Montbéliard un pôle industriel majeur. Aujourd’hui, le pasteur Girardey espère que la réouverture du temple permettra de conjuguer le cultuel et le culturel. Il imagine un lieu hybride, tour à tour havre de spiritualité et espace d’effervescence, accueillant concerts, spectacles, expositions ou conférences, tout en restant un lieu de culte ouvert sur l’extérieur. Le temple n’est pas un lieu sacré, rappelle-t-il, mais peut devenir un lieu de rencontre de l’autre, sans prosélytisme.

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