Économie
Le Mozambique face au dilemme de son eldorado gazier

Un projet pharaonique de TotalEnergies, suspendu depuis trois ans, pourrait redémarrer cet été dans un contexte sécuritaire et environnemental complexe.
Le nord du Mozambique abrite l’un des plus vastes gisements de gaz naturel au monde, découvert il y a une décennie au large de Cabo Delgado. Avec des réserves estimées à plus de 5 000 milliards de mètres cubes, ce bassin pourrait propulver le pays parmi les dix premiers producteurs mondiaux d’ici 2040. Mais ce potentiel, synonyme de croissance économique majeure pour l’un des États les plus pauvres d’Afrique, se heurte à des défis multiples.
Le projet Mozambique LNG, piloté par TotalEnergies avec un investissement initial de 20 milliards de dollars, est à l’arrêt depuis 2021 après une attaque jihadiste meurtrière. Les actionnaires, dont le groupe français détient 26,5 %, devront lever prochainement le statut de force majeure pour relancer les opérations. Une reprise partielle pourrait intervenir dès cet été, avec une production espérée à l’horizon 2029.
La situation sécuritaire reste préoccupante. Une insurrection affiliée à l’État islamique sévit depuis 2017, ayant fait près de 6 000 morts selon les observateurs. L’intervention de troupes rwandaises, financée par l’Union européenne, a permis de stabiliser partiellement la zone, mais les déplacements de population et les violences sporadiques persistent. Parallèlement, TotalEnergies fait l’objet d’une enquête judiciaire en France pour homicide involontaire, des plaignants l’accusant de négligence dans la protection des travailleurs locaux.
Sur le plan économique, les attentes sont immenses. Le FMI anticipe une croissance de 10 % à partir de 2028, contre 2,5 % cette année. Toutefois, les retombées réelles pour la population dépendront de la gestion transparente des revenus gaziers, dans un pays marqué par des scandales de corruption. Le projet ne générera que 5 000 emplois directs, une goutte d’eau face aux besoins du Mozambique.
Enfin, l’impact environnemental suscite des critiques. Des ONG dénoncent ces « bombes climatiques » dans un pays très exposé aux dérèglements du climat. Pendant ce temps, d’autres multinationales comme ENI ou ExxonMobil avancent leurs propres projets, renforçant la position du Mozambique sur l’échiquier énergétique mondial. Le défi consiste désormais à concilier développement économique, stabilité et durabilité.

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