Planète
Le dernier combat de Francis Hallé, sentinelle des forêts primaires

Le botaniste français, figure majeure de la défense des écosystèmes tropicaux, s’est éteint à l’âge de 87 ans. Sa vie fut un plaidoyer inlassable pour ces géants végétaux menacés de disparition.
Pendant plus d’un demi-siècle, sa voix s’est élevée, tour à tour passionnée, didactique ou empreinte d’une ironie mordante, pour dénoncer la destruction accélérée des forêts tropicales primaires. Francis Hallé, professeur émérite de l’université de Montpellier, a consacré son existence à l’étude et à la protection de ces sanctuaires de biodiversité, qu’il voyait s’amenuiser inexorablement. Il se comparait souvent à un médecin luttant jusqu’au bout pour un patient en phase critique, refusant tout abandon tant qu’une lueur d’espoir persistait.
Sa vocation botanique est née d’une révélation tardive, sur un balcon parisien, où l’autonomie silencieuse d’une simple plante le captiva. Mais c’est en Côte d’Ivoire, au contact de la forêt du Banco, qu’il trouva sa véritable raison d’être. C’est là qu’il élabora sa spécialité, l’architecture des arbres, une discipline permettant de reconnaître ces géants sans recourir à leurs fleurs, souvent inaccessibles. Ses expéditions l’ont mené sous les canopées d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie, carnets de croquis à la main, convaincu qu’il fallait du temps pour apprivoiser la complexité tridimensionnelle d’êtres vivants pluricentenaires.
La prise de conscience de l’urgence survint dans les années 1980, face au vacarme des tronçonneuses. De l’effroi initial naquit une détermination à agir. Cette volonté se concrétisa notamment par l’aventure du « Radeau des cimes », une invention ingénieuse lancée en Guyane en 1986, permettant enfin aux scientifiques d’explorer la vie foisonnante des sommets des arbres. Pour lui, la déforestation massive était le fruit d’une logique purement mercantile et d’une approche qu’il qualifiait de coloniale, réduisant ces écosystèmes complexes à de simples stocks de matières premières.
S’il reconnaissait une sensibilité croissante du public à ces enjeux, il déplorait le manque chronique d’engagement politique. Grand vulgarisateur, il fuyait le jargon technique et sut transmettre sa fascination pour le monde végétal, notamment à travers le film « Il était une forêt ». Jusqu’au bout, il aura porté le projet ambitieux de voir renaître une forêt primaire en Europe de l’Ouest, ultime témoignage de son attachement viscéral à la beauté et à la nécessité du vivant.

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