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Culture

Le cinéma iranien pris en tenaille entre conflit armé et censure

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L’industrie cinématographique iranienne, autrefois saluée pour sa vitalité créative, se trouve aujourd’hui dans une situation critique, tiraillée entre une guerre dévastatrice et un durcissement sans précédent de la répression intérieure.

Longtemps considéré comme l’un des foyers les plus féconds du septième art au Moyen-Orient, le cinéma iranien traverse une période sombre. La conjonction d’un conflit armé aux conséquences économiques désastreuses et d’une mainmise idéologique toujours plus étouffante menace directement l’existence même d’une industrie qui avait su conquérir les estrades internationales. Des figures de proue comme Asghar Farhadi, Jafar Panahi ou Mohammad Rasoulof ont pourtant porté haut les couleurs du pays, décrochant des récompenses prestigieuses et imposant un regard singulier sur la société sous la République islamique.

Pegah Ahangarani, actrice et réalisatrice ayant trouvé refuge en Angleterre après son départ précipité en 2022, a récemment été distinguée à Cannes. Son documentaire « Viendra la révolution », récompensé par l’Oeil d’or, explore en cinq séquences le destin tragique de proches disparus sous la pression des autorités. On y voit aussi l’artiste, âgée de 42 ans, prise dans la tourmente des manifestations prodémocratiques de 2009, puis confrontée au désarroi des événements de 2026. Elle confie aujourd’hui sa crainte de voir l’espace de liberté, déjà ténu, qui permettait l’émergence d’un cinéma indépendant, se réduire comme une peau de chagrin.

Selon elle, un mouvement cinématographique clandestin s’était développé ces dernières années, avec des tournages sans autorisation et des actrices refusant le port du voile. Mais la guerre a tout bouleversé. Les rares nouvelles en provenance d’Iran indiquent un durcissement de la répression, qui frappe aussi durement les artistes que le reste de la population. Les autorités se montrent bien plus inflexibles qu’auparavant. Depuis l’attaque américano-israélienne du 28 février, le pays a connu une vague d’arrestations massives et d’exécutions, tandis que l’accès à internet a été coupé pour la majorité des citoyens. En janvier déjà, des soulèvements antigouvernementaux d’envergure avaient éclaté, faisant selon des organisations de défense des droits humains des milliers de morts sous les balles des forces de sécurité.

Ahangarani estime que ce conflit ne fera que briser l’élan vers la liberté que le peuple iranien avait amorcé. Les Iraniens avançaient pas à pas, et la guerre a interrompu cette progression. Le sort réservé à Jafar Panahi illustre parfaitement les pressions exercées sur le monde culturel. Le cinéaste dissident, de retour au pays fin mars, a comparu devant un tribunal pour répondre d’une condamnation à un an de prison pour « activités de propagande », quelques mois après avoir remporté la Palme d’or à Cannes.

Un autre documentaire présenté sur la Croisette, « Dans la gueule de l’ogre » de Mahsa Karampour, aborde la question de l’exil. L’artiste, désormais installée à Paris, observe que la censure et les interdictions peuvent paradoxalement servir de moteur. Mais elle reconnaît qu’au-delà d’un certain seuil, lorsque les pressions économiques et psychologiques s’additionnent, le risque de paralysie devient réel.

Kaveh Farnam, réalisateur basé à Dubaï et ancien président de l’Association des cinéastes indépendants iraniens, décrit une situation catastrophique pour les techniciens du secteur. L’inflation galopante et le blocage d’internet ont des conséquences dévastatrices. De nombreux professionnels se retrouvent sans travail depuis des mois, confrontés à une pression terrible, sans ressources et dans un contexte où les prix augmentent chaque jour. Pour lui, la guerre offre au régime un prétexte pour faire preuve d’une brutalité accrue. Dans ce climat délétère, les intellectuels sont devenus des cibles de choix, accusés d’espionnage et de collusion avec l’ennemi.

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