Économie
L’Asti se réinvente face aux turbulences du marché mondial


Les producteurs piémontais ajustent leur production pour faire face à la baisse de la demande internationale et aux défis géopolitiques, privilégiant une stratégie qualitative face aux nouveaux enjeux du secteur.
Dans le paysage viticole du Piémont, les vendanges précoces de cette année s’accompagnent d’une décision stratégique. Les vignerons de l’appellation Asti ont volontairement réduit leur production de mousseux, passant de dix à neuf tonnes de muscat blanc à l’hectare. Cette mesure répond à un ralentissement des ventes à l’export, particulièrement sensible sur les marchés américain et russe.
Les données récentes confirment une tendance préoccupante. Les exportations de vins italiens ont reculé de 4 % sur les cinq premiers mois de l’année. Les États-Unis, principal débouché, voient leur consommation baisser sous l’effet du vieillissement des baby-boomers et de l’évolution des habitudes. Par ailleurs, les droits de douane imposés outre-Atlantique risquent de faire franchir aux bouteilles italiennes le seuil symbolique des vingt dollars, affectant davantage leur compétitivité.
La situation russe n’est pas plus favorable. Les expéditions vers ce pays, traditionnellement amateur des mousseux d’Asti, ont chuté de manière significative depuis le conflit en Ukraine. Alors que 17 millions de bouteilles y étaient écoulées en 2023, les projections pour 2025 tablent sur à peine dix millions.
Face à ces défis, la filière opte pour une adaptation flexible de l’offre. Plutôt que de procéder à l’arrachage des vignes, comme le préconise Bruxelles, les professionnels italiens privilégient une logique d’accordéon, ajustant les volumes en fonction des fluctuations du marché. L’objectif est de maintenir la qualité et la réputation d’excellence de ces vins effervescents dorés, faiblement alcoolisés et majoritairement exportés.
Certains domaines, à l’image de Tenuta Ca dei Mandorli, incarnent cette transition. Le président de l’appellation Asti, Stefano Ricagno, héritier de six générations de vignerons, mise sur la diversification des occasions de consommation. Il souhaite promouvoir ses mousseux à l’apéritif, alors qu’ils sont traditionnellement associés au dessert en Italie, afin de séduire une clientèle en quête de produits moins alcoolisés.
D’autres viticulteurs, comme Francesco Pozzobon près de Nizza Monferrato, adoptent une approche radicalement artisanale. En cultivant sans produits phytosanitaires et en acceptant des rendements inférieurs, ils visent un marché de niche international, jusqu’en Chine, où les amateurs sont prêts à payer le prix d’une production authentique et respectueuse de l’environnement.
Cette période de recalibrage pourrait, à terme, renforcer la résilience d’un secteur confronté à l’incertitude géopolitique et aux mutations de la demande mondiale.





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