Politique
Pillages et 900 arrestations en Afrique du Sud après la journée anti-immigrés
Des milliers de manifestants ont défilé pour exiger le départ des sans-papiers. La police a interpellé près d’un millier de personnes, et des commerces…


Des milliers de manifestants ont défilé pour exiger le départ des sans-papiers. La police a interpellé près d’un millier de personnes, et des commerces ont été saccagés.
Ce mardi 1er juillet 2026 restera comme un jour sombre pour les relations intercommunautaires en Afrique du Sud. Lancée par des organisations citoyennes soutenues par quelques partis politiques, la journée de mobilisation nationale contre les immigrés clandestins a rassemblé plusieurs milliers de personnes dans les rues. Mais l’événement, présenté comme pacifique, a rapidement dérapé dans certaines zones. La police a annoncé mercredi 900 arrestations en 24 heures, dont une grande majorité d’étrangers en situation irrégulière. Les forces de l’ordre, épaulées par l’armée et des sociétés de sécurité privées, ont été déployées en force. Sur les 120 cortèges recensés, douze ont nécessité une intervention musclée.
Dans le quartier de Clermont, près de Durban, des magasins ont été pris pour cible. Mohamed Abdul, un commerçant somalien installé en Afrique du Sud depuis onze ans, raconte la sidération. Mardi soir, un groupe d’individus a fait irruption dans son épicerie. Lui et ses employés ont été insultés en zoulou, puis pillés. « Nous ne sommes pas en situation irrégulière, mais ils ont tout pris. J’ai eu très peur. Je me suis senti trahi parce que nous employons 19 personnes et qu’elles sont toutes sans emploi aujourd’hui », témoigne-t-il, amer. Ce commerçant, connu dans le quartier pour ses dons aux familles dans le besoin, a perdu l’équivalent de plusieurs centaines de milliers d’euros. Son histoire illustre la confusion entre lutte contre l’immigration illégale et violence ciblée contre les étrangers, même installés de longue date.
Les experts restent mitigés sur le succès de cette journée. Le politologue Henning Melber estime que la mobilisation n’a pas été aussi forte qu’espéré par les organisateurs. « Ils se sont montrés trop confiants dans leur popularité », renchérit le chercheur Tendai Mbanje, qui souligne le rôle clé des petits partis politiques pour gonfler les rangs. Mais au-delà du nombre de manifestants, les conséquences sur l’image du pays sont lourdes. « Les dégâts sont désastreux pour le rôle de l’Afrique du Sud en tant que puissance hégémonique bienveillante sur le continent », analyse Henning Melber. Une réputation ternie qui pourrait fragiliser ses relations avec ses voisins et alimenter un peu plus les tensions internes autour de la question migratoire.
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