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L’Europe du Sud n’est plus la cigale, elle est devenue la fourmi

Méprisés pendant la crise, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal ont assaini leurs comptes et tirent aujourd’hui la croissance européenne. Leur…

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L'Europe du Sud n'est plus la cigale, elle est devenue la fourmi

Méprisés pendant la crise, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal ont assaini leurs comptes et tirent aujourd’hui la croissance européenne. Leur redressement spectaculaire change la donne politique et économique au sein de l’Union.

Ils étaient les cancres de la zone euro, ceux qu’on surnommait les PIGS. Aujourd’hui, ces pays du Sud sont devenus des modèles. Leur croissance dépasse largement la moyenne européenne. L’Espagne affiche +2,8% de PIB en 2025, quand l’Allemagne stagne à +0,2% et la France à +0,8%. Symbole de ce renversement, la banque italienne UniCredit veut racheter la deuxième banque allemande Commerzbank. Un scénario impensable il y a dix ans, quand les banques italiennes croulaient sous les créances douteuses. Sur la scène politique aussi, ils ont gagné en influence. Giorgia Meloni s’impose à Rome depuis trois ans et demi. Pedro Sanchez tient la barre en Espagne depuis 2018. Et l’ancien Premier ministre portugais Antonio Costa préside désormais le Conseil européen. Finie l’époque où ces pays suivaient les règles des autres.

Ce redressement ne doit rien au hasard. Il est le fruit d’une douloureuse leçon. Après la crise de 2008, ces pays ont subi une austérité sévère imposée par la troïka. Le chômage a explosé, la pauvreté a grimpé. Au Portugal, le taux de chômage a atteint 17%, un traumatisme. Mais ce choc a créé un consensus politique fort : ne plus jamais se retrouver du mauvais côté de la barrière. Les gouvernements ont tenu leurs comptes, réduit les déficits, attiré les fonds européens. La Grèce a vu sa dette passer de 175% du PIB en 2011 à 146% en 2025. L’Espagne est repassée sous la barre des 3% de déficit. Et le plan de relance post-Covid a dopé la croissance, notamment grâce au rebond touristique. Ces pays ont aussi été les premiers bénéficiaires des fonds européens, ce qui a accéléré leur retour en grâce.

Pourtant, tout n’est pas rose. Ces économies gardent des fragilités. La Grèce reste dépendante du tourisme et des bas salaires. L’Italie peine à décoller, freinée par une facture d’électricité 58% plus élevée qu’en Espagne. Partout, le logement est devenu inabordable, conséquence directe des années d’austérité qui ont détruit le secteur de la construction. Et la crise démographique s’installe : plus de la moitié des entreprises ont du mal à recruter. Malgré ces défis, les perspectives sont bonnes. La Commission européenne prévoit une croissance de 2,4% pour l’Espagne, 1,8% pour la Grèce et 1,7% pour le Portugal en 2026. L’Europe du Sud a définitivement tourné la page. Et cette fois, ce sont les pays du Nord qui regardent avec envie.

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