Planète
L’Amazonie brésilienne sous l’emprise des flammes

La pratique ancestrale des brûlis agricoles, amplifiée par les sécheresses et les pressions économiques, transforme progressivement le poumon vert de la planète en paysage carbonisé.
Dans l’immensité verte de l’Amazonie brésilienne, une méthode ancestrale persiste malgré ses conséquences dévastatrices. Les propriétaires terriens de Sao Felix do Xingu, région emblématique de l’État du Pará, continuent d’utiliser le feu pour entretenir leurs pâturages, une pratique localement surnommée « embaucher Jean Rouge ». Cette technique bon marché permet de régénérer les sols et d’éliminer la végétation sèche, mais elle représente un péril majeur pour l’équilibre écologique de la plus vaste forêt tropicale du monde.
L’année 2024 a marqué un sommet inquiétant avec près de dix-huit millions d’hectares partis en fumée. Si la sécheresse exceptionnelle a contribué à cette situation, l’activité humaine en reste la cause première. La municipalité de Sao Felix do Xingu, qui abrite le plus important cheptel bovin du Brésil, a enregistré à elle seule plus de sept mille foyers d’incendie. Les éleveurs invoquent l’absence d’alternatives économiquement viables et le manque de soutien gouvernemental pour justifier le recours aux brûlis.
La complexité du phénomène dépasse la simple question technique. D’un côté, les petits producteurs perpétuent une tradition culturelle millénaire. De l’autre, les grands propriétaires terriens et les groupes agroindustriels l’utilisent pour étendre leurs surfaces exploitables. Cette dualité crée des tensions sociales palpables, les petits éleveurs se sentant criminalisés tandis que les acteurs économiques majeurs bénéficieraient d’une certaine impunité.
Les autorités brésiliennes reconnaissent l’urgence de la situation. Le gouvernement fédéral a renforcé les moyens de lutte avec des milliers de pompiers et des équipements aériens. Pourtant, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du territoire à protéger. La difficulté à identifier les responsables directs et à faire appliquer les sanctions financières constitue un obstacle récurrent.
La tenue prochaine de la COP30 à Belém pourrait offrir une occasion de renforcer les engagements internationaux. Mais les observateurs soulignent que la solution durable passe par un changement profond des mentalités et des pratiques agricoles. La sensibilisation des acteurs locaux, le développement de techniques alternatives et une meilleure régulation foncière apparaissent comme des pistes indispensables pour préserver ce patrimoine naturel unique.

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