Monde
L’AfD échappe, pour l’instant, à la qualification d’extrémiste par la justice

_**Le tribunal administratif de Cologne a estimé ce jeudi que les éléments actuels ne permettaient pas de considérer l’ensemble du parti comme hostile à la Constitution, infligeant un revers à l’Office de protection de la Constitution.**_
La formation Alternative pour l’Allemagne (AfD) a obtenu une décision judiciaire favorable dans le cadre de son contentieux avec les autorités. Le tribunal administratif de Cologne a jugé qu’il n’était pas établi, à ce stade, que le parti dans son ensemble présentait une orientation fondamentalement opposée à l’ordre constitutionnel. Cette décision suspend ainsi le classement comme « parti extrémiste » prononcé l’an dernier par l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV).
Ce classement controversé, fondé sur des investigations menées sur plusieurs années, autorisait le service de renseignement intérieur à renforcer significativement sa surveillance des activités du parti, y compris par des écoutes ciblant ses dirigeants. Le tribunal a reconnu l’existence de soupçons sérieux quant à l’émergence de tendances anticonstitutionnelles au sein de l’AfD. Il a toutefois estimé que ces éléments ne suffisaient pas à caractériser une domination de ces tendances sur l’image globale et les actions du parti.
Les co-présidents de l’AfD, Tino Chrupalla et Alice Weidel, ont salué cette décision comme une victoire pour la démocratie et un succès intermédiaire important. La procédure sur le fond, qui déterminera la qualification définitive du parti, reste cependant à venir. Le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a immédiatement réaffirmé que l’AfD continuait d’être considérée comme un « cas suspect » par les autorités.
Cette affaire judiciaire survient dans un contexte politique particulièrement sensible. Première force d’opposition au Bundestag avec plus de vingt pour cent des voix aux dernières élections fédérales, l’AfD constitue un défi majeur pour la coalition au pouvoir. La décision initiale du BfV avait provoqué un vif débat et placé le chancelier Friedrich Merz dans une position délicate peu après son entrée en fonction.
La question d’une éventuelle interdiction du parti, parfois évoquée dans le débat public, divise la classe politique. De nombreux observateurs et responsables estiment qu’une telle procédure, dont les conditions juridiques sont extrêmement strictes, pourrait paradoxalement renforcer l’attrait du mouvement en le présentant comme une victime du système. La stratégie privilégiée par le gouvernement consiste à le combattre sur le terrain politique et électoral.
L’aile la plus radicale du parti fait régulièrement l’objet de critiques pour ses prises de position, accusées de banaliser l’histoire du national-socialisme. Malgré ces controverses, l’AfD continue de progresser dans les intentions de vote, se hissant parfois en tête des sondages dans plusieurs Länder, notamment dans l’est du pays où des élections régionales sont attendues cette année.

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