Monde
La Paz sous tension malgré les annonces du chef de l’État bolivien
Malgré la promesse d’une baisse de salaire présidentielle, des heurts ont éclaté lundi dans la capitale entre forces de l’ordre et manifestants réclamant le départ du président Rodrigo Paz.
Des affrontements ont opposé manifestants et policiers lundi à La Paz, alors que des milliers de personnes défilaient pour exiger la démission du président bolivien Rodrigo Paz, lequel avait pourtant annoncé une réduction de sa rémunération pour tenter d’apaiser le mécontentement social. En fin de journée, le calme était revenu dans la capitale administrative.
Le chef de l’État de centre droit fait face depuis le début du mois au plus vaste mouvement de contestation de son mandat, entamé en novembre, alors que le pays traverse sa crise économique la plus sévère depuis quarante ans. Des mineurs, des paysans et des ouvriers ont battu le pavé dans les rues de La Paz. « Que voulons-nous ? Sa démission ! Quand ? Maintenant ! », scandaient les manifestants au milieu des pétarades.
Les contestataires rejettent la politique économique du gouvernement, réclament des hausses de salaires et accusent les autorités d’avoir distribué un carburant de qualité médiocre, qui aurait endommagé des milliers de véhicules. La marche s’est dirigée vers le centre-ville, où certains ont tenté de franchir le périmètre de sécurité autour de la place Murillo, siège du palais présidentiel et du Parlement. Les forces antiémeutes ont alors riposté, les manifestants utilisant pierres, bâtons et pétards, tandis que les policiers faisaient usage de gaz lacrymogènes. Des vendeurs ambulants proposaient des masques et du vinaigre pour atténuer les effets des gaz. Une dizaine de personnes ont été interpellées, ont constaté des journalistes présents sur place.
Les protestations avaient débuté début mai avec une grève de la Centrale ouvrière bolivienne, principal syndicat du pays, et des barrages routiers. Lundi, près d’une cinquantaine de points de blocage étaient recensés sur le territoire. Ces barrages ont provoqué des pénuries de nourriture, de médicaments et d’essence à La Paz, El Alto et dans plusieurs autres villes. « Ce gouvernement nous massacre, il nous discrimine », a affirmé Julia Ramirez, une paysanne aymara de 57 ans. « Nous sommes en colère parce qu’on nous a menti », a renchéri Félix Mamani, un mineur de 27 ans.
Lors d’un discours prononcé à Sucre, la capitale historique, Rodrigo Paz a annoncé une réduction de 50 % de son salaire et de celui de ses ministres, une mesure présentée comme une contribution à l’effort national. Le président perçoit environ 24 000 bolivianos par mois, soit près de 3 400 dollars, selon un décret adopté en 2024. Les ministres touchent des rémunérations inférieures. Appelant au dialogue, le chef de l’État a néanmoins exclu toute négociation avec les manifestants radicaux ayant recours à la violence. « Une minorité ne peut pas gouverner », a-t-il averti.
Le gouvernement a dénoncé des mobilisations visant à « altérer l’État de droit » et accusé l’ancien président socialiste Evo Morales, en fuite dans une affaire présumée de traite d’une mineure, d’en être l’instigateur. L’ancien chef d’État a appelé dimanche le gouvernement à convoquer de nouvelles élections dans un délai de 90 jours.
La communauté internationale, en particulier les États-Unis, a exprimé un ferme soutien à la démocratie bolivienne. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré la semaine dernière que Washington ne permettrait pas « que des criminels et des narcotrafiquants renversent des dirigeants élus démocratiquement ». Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a pour sa part souligné l’importance du respect des institutions démocratiques lors d’un entretien téléphonique avec son homologue bolivien lundi. Lula a également appelé à éviter la violence et à privilégier le dialogue, tout en s’engageant à envoyer une aide humanitaire en Bolivie, selon un communiqué de la présidence brésilienne.
Promettant de rompre avec vingt années de politiques de gauche menées par ses prédécesseurs Evo Morales et Luis Arce, Rodrigo Paz s’est rapproché des États-Unis, des institutions financières internationales et du patronat, tout en prenant ses distances avec les syndicats.
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