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La parole des femmes victimes de violences sexuelles toujours remise en cause, selon une sociologue
Neuf ans après le mouvement #metoo, les femmes qui dénoncent des violences sexuelles se heurtent encore à une défiance systématique, tant sur les réseaux sociaux que dans l’espace public, observe la chercheuse Alice Debauche.
La sociologue, maîtresse de conférences à l’université de Strasbourg et associée à l’Institut national d’études démographiques, constate un décalage entre la progression de la prise en charge judiciaire et la persistance de discours qui délégitiment les plaignantes. Les récentes accusations visant le chanteur Patrick Bruel, contestées par l’intéressé, illustrent selon elle ce phénomène récurrent.
Sur les réseaux sociaux et dans les débats médiatiques, les mêmes mécanismes de défiance se reproduisent. Les victimes voient leur parole systématiquement remise en question, avec des arguments qui suggèrent qu’elles pourraient mentir ou qu’elles auraient dû se montrer plus prudentes. Ces discours visent à minimiser à la fois la réalité des violences et la responsabilité des agresseurs.
Cette dynamique n’est pas nouvelle. Depuis les années 1970, chaque avancée féministe a été suivie de périodes de retour en arrière où les mêmes critiques refont surface. Le mouvement #metoo avait pourtant créé un espace d’expression favorable aux victimes et permis des évolutions législatives, comme la reconnaissance du viol comme crime en 1980. Mais ces progrès sont systématiquement suivis de résistances.
Derrière ces réactions se cache une représentation stéréotypée de la sexualité masculine, perçue comme pulsionnelle et instinctive. Cette vision occulte la dimension de domination inhérente aux violences sexuelles pour les réduire à une simple affaire de désir.
Pour faire évoluer durablement les mentalités, la chercheuse préconise une éducation précoce à l’égalité et à la vie affective et sexuelle. Elle souligne également que la prise de parole publique des victimes reste essentielle pour leur permettre de se sentir moins seules et de comprendre qu’elles ne sont pas responsables des violences subies.
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