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Culture

La mobilisation des artistes, un signal d’alarme pour Ernest Pignon-Ernest

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Face aux menaces qui pèsent sur le monde de la culture en France, le pionnier de l’art urbain voit dans le sursaut récent des créateurs une prise de conscience salutaire.

Ernest Pignon-Ernest, figure emblématique de l’art urbain, perçoit la vague de contestation qui agite le secteur culturel français comme un avertissement nécessaire. À 84 ans, ce créateur engagé, dont les œuvres ont toujours été réalisées sans autorisation ni financement public, observe avec inquiétude les entraves qui se multiplient, y compris sur la scène internationale. Il évoque un recul anthropologique de la société, où la mémoire collective et la richesse historique semblent s’effacer.

Depuis 1966, l’artiste niçois sillonne le globe pour apposer ses dessins au fusain sérigraphiés sur les murs, du plateau d’Albion aux rues de Soweto. Ses interventions, toujours pensées en lien étroit avec leur environnement, interrogent les luttes sociales et les mythes fondateurs. Aujourd’hui, il constate que les récentes mobilisations contre les méthodes de certains actionnaires de maisons d’édition ou de groupes audiovisuels marquent un tournant. Il y a quelques années, ses alertes étaient perçues comme les doléances de vieux contestataires. Aujourd’hui, l’évidence s’impose.

L’artiste souligne la fragilité de son propre outil de travail, pourtant conçu pour être autonome. Il raconte avoir dû renoncer à des projets en Cisjordanie et à Gaza, où il avait pourtant collé en 2009 la silhouette du poète Mahmoud Darwich. À Haïti, après une première intervention en 2019, il a dû interrompre son travail en raison de l’insécurité. De même, un projet pour Venise a été annulé après l’intervention d’un prélat local, qui jugeait ses dessins trop sensuels pour une église.

Parmi ses œuvres récentes, un portrait de la poétesse iranienne Forough Farrokhzad, exposé à Martigues, n’a pu être collé dans les rues de Téhéran. Ernest Pignon-Ernest espère pourtant qu’un jour, cette image trouvera sa place sur les murs de la capitale iranienne, portée par la force des mots et de l’art.

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