Planète
La mission polaire Tara renonce aux relevés acoustiques dans les eaux russes

Les tensions géopolitiques contraignent la station scientifique à adapter son programme de recherche en Arctique, où elle entamera prochainement une dérive de plusieurs mois sur la banquise.
La station polaire Tara Polar Station, dont la prochaine expédition prévoit une dérive prolongée sur les glaces arctiques à partir du nord de la Russie, a renoncé à effectuer des mesures acoustiques dans les eaux sous juridiction russe. Cette décision résulte des contraintes géopolitiques actuelles, a indiqué la direction de la Fondation Tara océan. Ce laboratoire flottant de 110 tonnes, conçu pour résister aux conditions extrêmes de l’Arctique, doit être pris par les glaces avant d’entamer une dérive de 350 à 500 jours destinée à approfondir les connaissances sur cette région.
L’expédition a obtenu l’autorisation de naviguer dans les eaux russes entre fin août et mi-septembre pour rejoindre son point de départ, situé sur la dorsale de Gakkel, une chaîne sous-marine entre la Sibérie et le Groenland. Mais les scientifiques s’abstiendront d’y réaliser des enregistrements sonores, un volet pourtant important de la campagne. « Les enjeux de défense rendent la situation trop complexe. Nous ne pouvons pas procéder à des écoutes, sans quoi le passage ne serait pas autorisé », a précisé un responsable lors d’une escale à Oslo. Aucun système de sonar actif ne sera déployé dans cette zone, notamment à proximité de la péninsule de Kola, où stationne la Flotte du Nord russe et ses sous-marins nucléaires.
Construite à Cherbourg, la station polaire, dont la structure évoque un igloo posé sur une bouée ovale, peut affronter des températures descendant jusqu’à -52°C et résister à la pression des glaces. Trente centres de recherche issus de douze pays participent à cette mission, qui combinera recherches fondamentales – notamment biologiques – et étude des changements globaux, incluant le climat et la pollution.
La collaboration avec deux instituts russes, l’Institut océanographique Chirchov de Moscou et l’Institut de recherche sur l’Arctique et l’Antarctique de Saint-Pétersbourg, est actuellement suspendue en raison du conflit en Ukraine. Bien que cette absence ne compromette pas le programme scientifique, les chercheurs reconnaissent la valeur de l’expertise russe en matière d’études arctiques, tant sur le plan physique que biologique. Dix expéditions similaires sont programmées entre 2026 et 2045, visant à constituer un observatoire pérenne de l’évolution de l’Arctique.

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