Monde
La mécanique insidieuse du recrutement des victimes d’Epstein détaillée par deux ex-mannequins
Deux anciennes mannequins racontent comment elles ont été approchées, testées et piégées par un réseau de recruteurs lié à Jeffrey Epstein et à des figures influentes du mannequinat.
Juliette G. et Ebba P. Karlsson, deux femmes ayant travaillé comme mannequins, ont décrit à l’AFP un processus de manipulation graduel qui les a conduites à se retrouver en présence d’hommes puissants. Elles dénoncent une méthode bien rodée, faite de tests de soumission et de paliers successifs. Juliette, aujourd’hui âgée de 43 ans, explique avoir identifié plusieurs étapes qui l’ont menée jusqu’à Jeffrey Epstein. Selon elle, ces hommes évaluent jusqu’où une jeune femme est prête à céder face à leurs exigences.
Le premier palier, le ciblage, s’est déroulé en 2004 sur les Champs-Élysées. Un homme nommé Daniel Siad l’a abordée en lui proposant des opportunités professionnelles aux États-Unis. Juliette estime qu’il cherchait à vérifier sa docilité. Elle a accepté sans poser de questions, laissant planer une ambiguïté pour ne pas paraître difficile. Munie d’un simple billet d’avion et d’une adresse, elle s’est envolée pour New York, rassurée par une connaissance qui lui avait dit connaître Siad.
Sur place, elle a rencontré Epstein, qui a immédiatement confisqué son passeport et lui a donné cent vingt dollars pour faire du shopping. Juliette considère cette confiscation comme un deuxième palier, une forme de prise d’otage. Le troisième palier a été celui de la dette. En acceptant l’argent, elle s’est sentie redevable, une honte qu’elle a longtemps portée, allant jusqu’à envisager de rembourser la somme des années plus tard.
Le lendemain, Epstein lui a fait visiter sa demeure, passant par une cuisine et une salle de musculation décorée de photographies intimes de femmes. Juliette interprète cette mise en scène comme un test de tolérance. Le palier final a été celui de la chambre. Epstein lui a demandé de le suivre. Sur le moment, elle a senti un signal d’alarme intérieur et a clairement annoncé qu’elle ne ferait rien de sexuel. Il lui a répondu de ne pas s’inquiéter, prétextant un besoin d’examiner son corps pour la présenter à des agences. Après avoir hésité, elle a cédé, se rappelant le trajet de sept heures et le billet payé. Epstein l’a palpée puis a décrété que sa silhouette ne convenait pas, proposant une remise en forme de trois mois et des emplois douteux. Juliette a alors demandé à récupérer son passeport, qu’Epstein a retrouvé parmi une vingtaine d’autres. Elle n’a plus jamais donné signe de vie, malgré les tentatives de Siad pour la recontacter. Aujourd’hui, elle témoigne pour aider les enquêteurs à identifier d’éventuels complices.
Ebba P. Karlsson, 56 ans, a été abordée par le même Daniel Siad en Suède en 1990. Elle le décrit comme un homme habile à déceler la vulnérabilité, se présentant en sauveur pour mieux piéger ses cibles. Elle l’a rejoint à Monaco puis en France, espérant un emploi. Il a multiplié les avances qu’elle a refusées. Au fil des jours, sans travail ni argent, elle se sentait de plus en plus dépendante. Un soir, elle affirme avoir été violée par lui. Peu après, il lui a obtenu un entretien à l’agence Elite.
Daniel Siad, actuellement sous enquête à Paris, conteste ces accusations par l’intermédiaire de son avocate, qui estime qu’il ne devrait pas porter seul la responsabilité d’actes commis par des hommes décédés. Son nom était déjà apparu dans une enquête concernant l’agent Jean-Luc Brunel, mort en détention en 2022. Selon son conseil, aucune preuve suffisante n’a justifié son interpellation pendant trois ans d’investigation.
Lors de l’entretien chez Elite, Ebba P. Karlsson a été reçue par le directeur Gérald Marie. Après avoir évoqué ses aspirations, il a sorti des portfolios et posé des questions suggestives, avant de porter la main sur ses parties intimes. Il l’a ensuite conviée à un casting chez lui, où elle dit avoir défilé seins nus devant Daniel Siad et d’autres hommes. Elle a accepté le travail mais est retournée en Suède, sans jamais revenir. L’avocate de Gérald Marie dénonce des attaques infondées et évoque d’éventuelles poursuites judiciaires. Une enquête pour viols le visant a été classée pour prescription en 2023. Selon elle, certaines plaignantes, dont Ebba P. Karlsson, préfèrent occuper le terrain médiatique plutôt que de respecter cette décision, établissant des liens artificiels avec des affaires où il n’est pas impliqué.
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