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Le méthane fossile, un levier sous-estimé pour la sécurité énergétique mondiale

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Alors que les émissions de méthane issues du pétrole, du gaz et du charbon demeurent à un niveau record, l’Agence internationale de l’énergie souligne que la capture de ce gaz perdu pourrait considérablement approvisionner les marchés, mis sous pression par les tensions géopolitiques.

Les rejets de méthane liés à l’exploitation des énergies fossiles n’ont toujours pas amorcé de baisse significative, malgré les engagements internationaux. Dans son rapport annuel publié lundi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que ces émissions, estimées à 124 millions de tonnes en 2025, représentent 35 % des émissions anthropiques totales de ce puissant gaz à effet de serre. La production record de pétrole, de charbon et de gaz explique en grande partie ce niveau élevé, proche du sommet historique de 2019.

Ce gaz inodore et invisible, principal composant du gaz naturel, s’échappe des infrastructures pétrolières et gazières, mais aussi des élevages et des décharges. Avec un pouvoir de réchauffement bien supérieur à celui du dioxyde de carbone, le méthane est responsable d’environ 30 % de l’augmentation des températures mondiales depuis l’ère industrielle. Sa durée de vie plus courte dans l’atmosphère offre toutefois une fenêtre d’action rapide pour atténuer le changement climatique à court terme.

Malgré l’adoption en 2021 du Global Methane Pledge, signé par une centaine de pays, dont les États membres de l’Union européenne, les émissions liées au secteur fossile n’ont montré aucun signe de déclin en 2025. L’AIE constate que la plupart des signataires n’ont pas encore mis en œuvre de politiques concrètes. Les mesures actuelles ne permettraient qu’une réduction de 20 % des émissions pétrolières et gazières d’ici 2030, un objectif inférieur à la cible de 30 % fixée par l’accord.

Pourtant, des solutions techniques existent. Dans l’industrie pétrogazière, les fuites au niveau des vannes, des gazoducs ou les torchages inefficaces constituent des sources majeures de rejet. Selon l’AIE, des actions telles que la détection et la réparation des fuites ou l’arrêt du torchage pourraient éviter 30 % des émissions fossiles, et ce à coût nul, le gaz ainsi capté pouvant être revendu.

La récupération de ce gaz perdu représenterait un enjeu stratégique pour la sécurité énergétique mondiale. L’AIE estime que 200 milliards de mètres cubes de gaz pourraient être réinjectés chaque année sur les marchés, soit le double des volumes transitant par le détroit d’Ormuz, un passage maritime sensible depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Une partie de ce volume, environ 15 milliards de mètres cubes, pourrait être mobilisée rapidement.

Les dix pays les plus émetteurs, dominés par la Chine, les États-Unis et la Russie, concentrent environ 70 % des rejets de méthane du secteur fossile. L’intensité des émissions, c’est-à-dire la quantité de méthane rejetée par unité d’énergie produite, a toutefois diminué de 10 % depuis 2019, compensant en partie la hausse de la production. La Norvège affiche la meilleure performance, tandis que le Turkménistan et le Venezuela figurent parmi les plus mauvais élèves.

La France, qui préside actuellement le G7, a organisé une réunion internationale à Paris pour accélérer la mobilisation dans les secteurs de l’énergie, des déchets et de l’agriculture. La ministre de la Transition écologique a appelé les entreprises à renforcer leur engagement sur ce dossier. L’amélioration de la surveillance satellitaire, qui permet de détecter les épisodes de super-émissions, est saluée par l’AIE comme une avancée prometteuse pour mieux cibler les interventions correctives.

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