Économie
La France muscle sa défense : 36 milliards supplémentaires pour les armées d’ici 2030
Face à la guerre en Ukraine et aux tensions au Moyen-Orient, les députés examinent à partir de ce lundi une révision de la loi de programmation militaire, qui prévoit une enveloppe de 436 milliards d’euros.
Les députés entament ce lundi l’examen d’un projet de loi actualisant la programmation militaire votée en 2023. Ce texte, qui fixe les grandes orientations et les moyens des armées françaises jusqu’en 2030, prévoit une rallonge de 36 milliards d’euros pour atteindre un budget total de 436 milliards. Cette révision intervient dans un contexte géopolitique marqué par le retour de la guerre en Europe et l’embrasement au Moyen-Orient.
Lors de son examen en commission de la Défense mi-avril, la ministre des Armées Catherine Vautrin a souligné que le monde se durcissait autour de la France. Elle a justifié cet ajustement par la nécessité d’intégrer les enseignements des conflits récents, notamment ceux de l’Ukraine et du Proche-Orient. Le texte, adopté avec le soutien du bloc central et des socialistes, suscite néanmoins des réserves. Plusieurs députés estiment sa portée insuffisante face au risque d’une confrontation avec la Russie, tandis que d’autres relativisent son impact en raison de l’élection présidentielle de 2027. Le rapporteur du texte, Yannick Chenevard, a indiqué que le prochain chef des armées devrait probablement soumettre une nouvelle loi de programmation au Parlement.
Le projet de loi met l’accent sur des postes d’investissement jugés prioritaires, sans modifier le format des armées. Il introduit également plusieurs nouveautés. La création d’un état d’alerte de sécurité nationale est prévue pour permettre de déroger à certaines règles en cas de menace grave. Cette mesure suscite des inquiétudes à gauche, qui craint un nouveau régime d’exception aux critères trop flous. La ministre a assuré que l’objectif était de s’adapter à un contexte intermédiaire entre la paix et la guerre, sans porter atteinte aux libertés publiques.
Un autre article permettrait aux opérateurs, notamment les aéroports, de recourir à des dispositifs de brouillage ou de neutralisation de drones. Cette disposition fait suite à la multiplication des incursions de drones indésirables dans les espaces aériens européens. Le texte prévoit également la mise en place d’un nouveau service national militaire et volontaire, une année de césure rémunérée de dix mois destinée aux jeunes de 18 à 19 ans. D’un coût de 2,3 milliards d’euros sur cinq ans, ce projet est jugé inadapté par certains qui y voient une tentative de faire oublier l’échec du Service national universel.
Le projet de loi autorise aussi le recours à des algorithmes pour exploiter des données de connexions sur le web, notamment pour la défense nationale et la lutte contre la criminalité organisée. Une mesure similaire avait été censurée par le Conseil constitutionnel dans la dernière loi contre le narcotrafic. Enfin, le texte prévoit un contrôle avant publication des ouvrages d’anciens agents des renseignements. Un vote solennel est prévu le 12 mai à l’Assemblée, avant un examen au Sénat à partir du 2 juin.
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