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Sous les pétales rouges, un printemps afghan

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Dans le nord de l’Afghanistan, les champs de coquelicots en fleur attirent chaque printemps des familles en quête de beauté et de renouveau, une tradition qui résiste aux restrictions imposées par les autorités talibanes.

Au cœur des vallées de Shirin Tagab, dans la province septentrionale de Faryab, les étendues de coquelicots rouge vif offrent un spectacle saisissant. Des hommes et des femmes s’y promènent, prennent des selfies ou cueillent des bouquets, perpétuant une coutume printanière solidement ancrée dans la région. Les pluies abondantes de cette année ont favorisé une floraison exceptionnelle, ravivant la joie des visiteurs.

Ghawsudin, un septuagénaire venu spécialement d’une autre province, exprime son bonheur après une décennie marquée par la sécheresse. « Il n’y avait ni fleurs ni verdure pendant près de dix ans, mais cette année a été clémente », confie-t-il après trois heures de route. Mohammad Ashraf, trente-cinq ans, partage cet émerveillement : « Cela faisait dix ou douze ans que je n’en avais pas vu autant. »

Avant l’arrivée au pouvoir des talibans, de nombreux Afghans du Nord célébraient le Nouvel An persan, Nowrouz, à Mazar-e-Sharif, avant de se rendre dans les champs de coquelicots. Cette fleur, célébrée dans la poésie et la chanson, occupe une place particulière dans la culture locale. Les autorités actuelles ont mis fin aux festivités officielles de Nowrouz, mais la tradition d’admirer les champs en fleur demeure vivace.

Oriane Zerah, autrice d’un ouvrage sur les fleurs en Afghanistan, souligne l’importance de ces dernières dans la vie quotidienne. « Dès qu’un Afghan dispose d’un petit espace dans son jardin, il y plante une fleur. Même dans les camps de déplacés, une fleur pousse quelque part. On en met sur le pakol, le couvre-chef traditionnel, et il existe des desserts à base de fleurs », observe-t-elle.

Le coquelicot revêt également une dimension symbolique liée aux conflits passés. L’écrivain afghan Taqi Wahidi rappelle que, pendant les guerres, « mourir pour la patrie ou au nom de la religion était perçu comme une entrée dans une nouvelle vie ». Un coquelicot était souvent déposé sur le cercueil des combattants tombés. Dans d’autres pays comme le Royaume-Uni, cette fleur est associée au souvenir des victimes des guerres.

En Afghanistan, le coquelicot, distinct du pavot à opium, incarne aujourd’hui la vitalité et le renouveau du printemps. « La nature se régénère, explique Taqi Wahidi, et les humains aspirent eux aussi à introduire de nouvelles couleurs dans leur existence. » Une aspiration qui, chaque année, trouve son expression dans ces champs rouges éphémères.

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