Monde
Irak : le tourisme religieux, moteur économique, asphyxié par la crise régionale
Le vaste sanctuaire de l’imam Ali à Najaf, habituellement noyé sous la foule des pèlerins venus d’Iran, du Liban ou du Golfe, n’est plus qu’un écrin de silence. Dans les souks adjacents, commerçants et hôteliers assistent, impuissants, à l’effondrement d’un secteur qui faisait vivre des milliers de familles.
À Najaf, ville sainte du chiisme irakien, la rumeur des foules a cédé la place à une atmosphère pesante. Les vastes cours du mausolée, où se pressaient jadis des croyants venus des quatre coins de la planète, sont aujourd’hui désertes. Dans les ruelles commerçantes, l’attente s’éternise, et les boutiques peinent à attirer le chaland. Ce marasme est la conséquence directe des tensions qui secouent la région depuis le début du conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, le 28 février dernier. Ce bras de fer a tari le flux continu de pèlerins en provenance de la République islamique, du Liban, de l’Inde ou encore d’Afghanistan.
« Les Iraniens faisaient tourner l’économie, qu’on soit bijoutier, marchand de tissus ou chauffeur de taxi. Aujourd’hui, ils ont disparu », confie Abdelrahim Harmouch, un bijoutier de 71 ans installé dans la vieille ville. Il se souvient d’une époque où il était presque impossible de se frayer un chemin dans le marché, tant la foule d’étrangers était dense. Désormais, le silence règne.
L’Irak, happé par la tourmente régionale, a d’abord fermé son espace aérien au survol des appareils militaires, tandis que des frappes visaient des intérêts américains et des milices pro-iraniennes sur son sol. Depuis près de quatre décennies, M. Harmouch tient son échoppe à deux pas du dôme doré du sanctuaire, lieu de sépulture d’Ali, gendre du Prophète et figure centrale du chiisme. Il rappelle que dans ces cités saintes, le tourisme religieux constitue la seule véritable ressource. Si la crise s’installe, prévient-il, c’est toute la population qui risque la faillite, des commerçants aux chauffeurs en passant par les ouvriers.
Les hôteliers sont les premiers touchés. Abou Ali, un professionnel de 52 ans, a dû se séparer de cinq de ses employés. Il ne garde plus qu’un seul salarié pour entretenir ses 70 chambres vides. « Comment payer les salaires s’il n’y a pas de travail ? » interroge-t-il. Selon Abou Ghneim, qui préside l’association des hôteliers de Najaf, 80 % des 250 établissements de la ville ont baissé le rideau, laissant plus de 2 000 salariés sans emploi ou en congé forcé. Ce nouveau coup dur survient après l’épreuve de la pandémie de Covid-19.
Dans un pays marqué par des décennies d’instabilité, le pèlerinage représente quasiment la seule forme de tourisme et constitue l’un des piliers de l’économie irakienne hors secteur pétrolier. Avant le conflit, Moustafa al-Haboubi, 28 ans, gérait sans répit les files de visiteurs venus changer leurs devises. Aujourd’hui, comme ses confrères, il tue le temps sur son téléphone. « Nous voyons à peine un ou deux clients », souffle-t-il. « Il n’y a plus de pèlerins, ni iraniens ni d’ailleurs. » Même la mise en place d’un cessez-le-feu le 8 avril et la réouverture de l’espace aérien n’ont pas suffi à ranimer l’affluence. En semaine, les visiteurs se font rares, et seul le week-end attire quelques familles irakiennes.
À Kerbala, à 80 kilomètres au nord, le constat est identique. La vaste esplanade qui relie les sanctuaires des imams Hussein et Abbas, petits-fils du Prophète, n’est plus qu’un vaste espace vide. Les ruelles alentour, autrefois vibrantes de ferveur, ne voient plus que des passants isolés. « La situation est dangereuse, c’est une catastrophe », lâche Israa al-Nasrawi, responsable du comité du tourisme local. Selon elle, le conflit a anéanti l’économie de la ville, avec une chute de près de 95 % du nombre de visiteurs et la fermeture de centaines d’hôtels. Les agences de tourisme, nombreuses dans la cité, sont à l’arrêt. Akram Radi indique que son entreprise ne tourne plus qu’à 10 % de sa capacité, après avoir accueilli jusqu’à 1 000 clients par mois. Après seize années passées dans ce métier, il craint de devoir mettre la clé sous la porte.
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