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La France et l’Algérie scellent une nouvelle feuille de route pour renforcer leur coopération

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La ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, a rencontré le président algérien Abdelmadjid Tebboune à Alger. Un accord a été trouvé pour intensifier les échanges dans les domaines sécuritaire, migratoire et mémoriel, après près de deux ans de tensions diplomatiques.

Au terme d’un entretien de deux heures avec le chef de l’État algérien, la ministre française a annoncé la mise en place d’une feuille de route visant à relancer la coopération bilatérale, particulièrement dans les secteurs de la défense et de la sécurité. Cette dynamique intervient alors que les relations entre Paris et Alger avaient été mises à rude épreuve depuis l’été 2024, à la suite du soutien français à un plan d’autonomie pour le Sahara occidental sous souveraineté marocaine.

Lors de cette visite, la deuxième d’un membre du gouvernement français en moins de trois mois, Alice Rufo a également indiqué que le journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis près d’un an, recevrait prochainement une visite consulaire, une première depuis son incarcération. Arrêté en mai 2024 en Kabylie dans le cadre d’un reportage, il avait été condamné en appel à sept ans de prison pour apologie du terrorisme. Sa famille avait annoncé qu’il avait renoncé à son pourvoi en cassation en mars, une démarche qui pourrait ouvrir la voie à une éventuelle grâce présidentielle.

Ce déplacement a permis de consolider le dégel amorcé entre les deux capitales, après le retour de l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, rappelé un an plus tôt au plus fort de la crise. Cette dernière avait été déclenchée par la position française sur le Sahara occidental, puis aggravée par l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, finalement gracié en novembre 2025, et par la mise en examen d’un agent consulaire algérien en France.

La ministre française, porteuse d’une lettre du président Emmanuel Macron, a souligné que cet entretien avait permis d’aborder la coopération en matière de sécurité et de défense, jugée essentielle dans le contexte actuel, tant en Afrique qu’au-delà. Dans la matinée, elle avait déjà acté avec le vice-ministre de la Défense, Saïd Chengriha, la relance de la lutte antiterroriste, un domaine qui n’avait jamais été totalement interrompu mais qui avait souffert des tensions bilatérales.

Les discussions ont également porté sur les moyens d’intensifier la coopération migratoire, déjà relancée après la visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en février, ainsi que sur la coopération judiciaire, notamment dans la lutte contre le narcotrafic. L’objectif affiché par Paris est d’immuniser ces sujets des aléas de la politique intérieure des deux pays, à l’approche de l’élection présidentielle française.

Sur le plan mémoriel, le président Tebboune et la ministre française ont convenu de relancer les travaux de la commission mixte d’historiens, créée à l’été 2022 mais inactive depuis le printemps 2024. Cette commission, composée de cinq historiens français et de cinq historiens algériens, doit travailler sur la mémoire de la colonisation française de l’Algérie.

Alice Rufo avait entamé son voyage par une étape symbolique à Sétif, où elle a rendu hommage à un militant indépendantiste. Cette ville, ainsi que Guelma et Kherrata, fut le théâtre d’une répression sanglante des manifestations indépendantistes par l’armée française à partir du 8 mai 1945, un épisode dont le nombre de victimes reste sujet à des estimations divergentes. L’historien Benjamin Stora, présent dans la délégation, a estimé qu’un seul geste ne suffirait pas et qu’un travail mémoriel long et patient restait à mener.

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