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Économie

Kevin Warsh prend les rênes de la Fed sous l’œil de Donald Trump

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Le nouveau président de la Réserve fédérale américaine a prêté serment à la Maison Blanche, un geste rare qui relance les interrogations sur son indépendance face à un locataire de l’exécutif désireux de peser sur la politique monétaire.

Kevin Warsh a officiellement endossé la présidence de la Réserve fédérale vendredi lors d’une cérémonie organisée à la Maison Blanche, en présence de Donald Trump. Cette passation de pouvoir, la première du genre depuis l’ère Ronald Reagan, intervient dans un climat économique tendu où la guerre au Moyen-Orient exerce une pression croissante sur l’inflation mondiale et américaine. Désigné par le président puis confirmé par le Sénat à la mi-mai, le nouveau banquier central devra rapidement démontrer sa capacité à agir en toute autonomie.

Dans son discours d’investiture, Kevin Warsh a esquissé les grandes lignes de son mandat. Il a promis de diriger une institution tournée vers la réforme, capable de tirer les leçons du passé tout en respectant des exigences d’intégrité et de performance. Il a exhorté les gouverneurs de la Fed à poursuivre leurs objectifs avec sagesse, clarté et détermination, ajoutant que l’inflation pouvait être maîtrisée et la croissance renforcée pour offrir des salaires réels plus élevés et une prospérité accrue aux États-Unis.

La présence de Donald Trump à cette cérémonie a immédiatement alimenté les critiques sur la marge de manœuvre réelle du nouveau président de la Fed. Le locataire de la Maison Blanche n’a jamais caché son souhait de voir la banque centrale soutenir sa politique économique, notamment par une baisse des taux d’intérêt destinée à stimuler l’activité. Dans une allocution prononcée avant la prestation de serment, il a salué un homme qui comprend que l’économie est florissante, tout en assurant vouloir que Kevin Warsh soit totalement indépendant et défende l’intégrité de l’institution. Plus tard dans la journée, il a toutefois renouvelé son appel à un assouplissement monétaire rapide.

Kevin Warsh devra composer avec un contexte économique dégradé. L’inflation, que l’on croyait en voie de stabilisation, est repartie à la hausse sous l’effet de l’envolée des prix de l’énergie, conséquence directe du conflit au Proche-Orient et de la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, voie de transit pour environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux. Les marchés financiers n’anticipent désormais plus aucune baisse de taux cette année, certains envisageant même un resserrement d’ici la fin 2026 ou le début 2027.

Ancien gouverneur de la Fed durant la crise financière de 2008, où il s’était montré partisan d’une remontée des taux, Kevin Warsh a récemment adopté un ton plus accommodant, estimant que le pic inflationniste était dépassé. Mais la nouvelle flambée des prix pourrait le contraindre à revoir sa position. Ses votes au sein du comité de politique monétaire, ainsi que ses déclarations publiques, seront scrutés de près, notamment par l’opposition démocrate qui le dépeint comme un homme inféodé au président. La sénatrice Elizabeth Warren l’a même qualifié de marionnette de la Maison Blanche.

Lors de son audition par le Sénat en avril, Kevin Warsh s’était présenté comme un acteur indépendant, affirmant n’avoir pris aucun engagement sur une baisse des taux. Il avait alors insisté sur l’importance d’une politique monétaire autonome, jugeant que les prises de position des élus ne menaçaient pas fondamentalement cette indépendance. Il devra par ailleurs composer avec la présence de son prédécesseur, Jerome Powell, qui a choisi de conserver son mandat de gouverneur jusqu’en janvier 2028, une décision inhabituelle motivée par les pressions politiques et judiciaires qu’il estime subir.

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