Économie
Han Kang et la scène coréenne s’emparent du Festival d’Avignon
Pour sa 80e édition, le Festival d’Avignon met la Corée du Sud à l’honneur. Théâtre, danse et performances bousculent les codes avec des artistes venus de…


Pour sa 80e édition, le Festival d’Avignon met la Corée du Sud à l’honneur. Théâtre, danse et performances bousculent les codes avec des artistes venus de la péninsule.
Depuis quelques années, la K-pop et les séries télévisées sud-coréennes ont conquis le public mondial. Mais les arts vivants du pays restent largement méconnus en Europe. C’est pour combler ce vide que le directeur du festival, Tiago Rodrigues, a choisi le coréen comme langue invitée cette année. Un pari audacieux, alors que l’événement fête son 80e anniversaire. Parmi les têtes d’affiche, la romancière Han Kang, prix Nobel de littérature 2024, sera présente du 12 au 18 juillet. Son roman « Impossibles adieux » inspire deux créations théâtrales, dont « Oiseau », une lecture-performance bilingue interprétée par Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee dans la cour d’honneur du palais des papes.
L’histoire de ce roman plonge dans un épisode tragique de l’histoire coréenne. Il raconte la découverte d’archives sur l’assassinat de milliers de civils sur l’île de Jeju, dans les années 1948-1949. Pour la metteuse en scène Julie Deliquet, c’est un réquisitoire contre l’oubli. La dramaturge italienne Daria Deflorian présente également « Che dolore terribile è l’amore », tiré du même livre. Elle avait déjà adapté « La végétarienne » de Han Kang et apprécie chez elle cette capacité à élargir notre perception du réel à travers les rêves, les fantômes et les mondes parallèles. Un autre metteur en scène, Kyung-Sung Lee, s’empare aussi de l’île de Jeju dans « Island story », en s’appuyant sur des témoignages de descendants de victimes et des travaux d’un archéologue.
Le festival met aussi en lumière des artistes plus jeunes. Le compositeur et vidéaste Jaha Koo propose trois spectacles qui interrogent la société coréenne contemporaine. Dans « Cuckoo », il utilise des autocuiseurs de riz pour parler de la pression sur la jeunesse. Dans « The History of Korean Western Theatre », il se demande pourquoi la tradition théâtrale locale a cédé face à l’Occident. Et dans « Haribo Kimchi », il cuisine dans un stand de rue pour raconter son exil. Il met en garde contre une culture standardisée rappelant qu’il existe de multiples Corées. Côté danse et performance, Lee Jinyeob immerge quatre interprètes dans un grand bocal d’eau en hommage aux plongeuses de Jeju. Le musicien Inbo Lee revisite l’art ancestral du Yeonhee, tandis que la chorégraphe Sung Im Her aborde le réchauffement climatique. Enfin, la diva du pansori Lee Jaram adapte un récit de Tolstoï. Une édition riche qui prouve que le théâtre peut être un pont entre les cultures.
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