Planète
Gabès étouffe sous l’emprise toxique de son complexe industriel

Une colère sourde gagne les habitants de cette ville tunisienne, où les émanations chimiques provoquent intoxications en série et mobilisations sans précédent.
Le complexe chimique de Gabès, dans le sud tunisien, suscite une inquiétude grandissante au sein de la population locale. Depuis septembre, des dizaines de résidents, dont de nombreux élèves, ont nécessité des soins médicaux après avoir inhalé des gaz toxiques attribués aux installations vieillissantes du site industriel. Les établissements scolaires voisins ont été le théâtre de malaises collectifs, déclenchant un mouvement de protestation d’une ampleur inédite.
Les manifestations ont conduit à des affrontements entre forces de l’ordre et citoyens, ces derniers réclamant la fermeture définitive de l’usine. Les parents d’élèves expriment une vive préoccupation quant à la sécurité de leurs enfants, certains refusant désormais de les envoyer en classe tant que des garanties sanitaires ne seront pas obtenues.
Le Groupe Chimique Tunisien, exploitant historique du site depuis 1972, utilise des procédés industriels impliquant de l’acide sulfurique et de l’ammoniac pour la production d’engrais phosphatés. Selon des observateurs locaux, l’état de dégradation des équipements et l’intensification récente des activités expliqueraient la multiplication des incidents. Les fuites toxiques, phénomène connu depuis des années, se seraient accentuées ces derniers mois.
La situation sanitaire dépasse le cadre des simples intoxications aiguës. Des études pointent une incidence anormale de pathologies respiratoires et de cancers parmi la population riveraine, tandis que l’environnement local subit une dégradation continue. La pêche, activité traditionnelle, aurait considérablement décliné en raison de la pollution marine.
Face à cette crise, la réponse des pouvoirs publics apparaît contrastée. Une mission interministérielle a été dépêchée sur place suite aux récentes intoxications, mais les promesses de démantèlement formulées en 2017 n’ont jamais été concrétisées. La perspective d’une action judiciaire se précise désormais, des avocats préparant des recours visant à suspendre les activités les plus polluantes.
L’enjeu économique complique la donne. L’industrie phosphatière représente un pilier fondamental pour l’économie nationale, avec des objectifs ambitieux d’augmentation de la production. Cette orientation entre en contradiction directe avec les impératifs de protection environnementale et sanitaire, laissant les habitants partagés entre nécessités économiques et droit à un cadre de vie sain.

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