Planète
Des montagnards Hmong en première ligne contre les flammes

Au nord de la Thaïlande, des volontaires issus d’une minorité ethnique mobilisent des méthodes innovantes pour protéger les forêts, tout en luttant contre les préjugés qui les accusent souvent d’être à l’origine des incendies.
Dans les reliefs escarpés qui dominent Chiang Mai, une équipe singulière patrouille. Armés de machettes pour débroussailler et de drones pour surveiller, ces hommes et ces femmes appartiennent à la communauté Hmong. Leur mission, entièrement bénévole, consiste à prévenir et à circonscrire les feux de forêt qui menacent chaque année le parc national de Doi Suthep-Pui. Cette initiative, née il y a une décennie, répond à une nécessité vitale. La forêt constitue en effet un rempart essentiel contre la pollution atmosphérique qui affecte régulièrement la métropole du nord.
Leur engagement va bien au-delà des patrouilles traditionnelles. Certains membres, à l’image de Mongkol Yingyotmongkolsaen, ont importé des compétences acquises en ville. Ancien photographe, il a déployé un réseau de caméras de surveillance dans les zones les plus sensibles et utilise des aéronefs téléguidés pour cartographier les départs de feu en temps réel. Cette approche technologique permet d’intervenir avec une rapidité et une précision accrues. Pour ces volontaires, il s’agit d’un devoir envers leur terre d’accueil, où leurs familles se sont installées il y a plusieurs générations.
Leur action revêt également une dimension sociale forte. Les populations montagnardes font régulièrement l’objet de critiques, étant soupçonnées de pratiquer l’agriculture sur brûlis, une méthode traditionnelle de défrichage accusée de provoquer des incendies et d’aggraver la pollution. Les responsables du réseau de volontaires réfutent ces allégations, arguant que les feux sont souvent le fait d’acteurs extérieurs. En se portant garants de la protection de l’environnement, ils entendent restaurer l’image de leur communauté et démontrer leur rôle de gardiens de la forêt.
Les résultats semblent tangibles. Les données satellitaires indiquent une baisse notable du nombre de foyers d’incendie dans la région comparé aux années précédentes. Cette amélioration coïncide avec un renforcement des réglementations locales, qui interdisent désormais les brûlis agricoles pendant plusieurs mois. L’effort conjugué des autorités et des initiatives communautaires commence ainsi à porter ses fruits. Pourtant, les moyens alloués à ces pompiers volontaires restent dérisoires. Ils assurent la protection de milliers d’hectares avec un financement public minimal, comptant essentiellement sur leur détermination et le soutien de leurs villages.
Cette mobilisation illustre un changement de paradigme dans la gestion des risques environnementaux. Elle montre comment des connaissances locales, combinées à des outils modernes, peuvent offrir des solutions efficaces. Au-delà de la lutte contre le feu, c’est un combat pour la reconnaissance qui se joue sur ces pentes, où le dévouement silencieux de ces montagnards contribue à préserver l’équilibre fragile d’un écosystème essentiel à toute une région.

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