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Des feuilles pour seul repas : l’effondrement silencieux de l’aide au Yémen

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Dans le sud du Yémen, des familles déplacées survivent en cuisinant des feuilles d’arbre, faute de toute assistance alimentaire depuis plus de six mois.

Chaque matin, Saeedah Mohammed, une sexagénaire au visage buriné, quitte sa tente de fortune avec un sac plastique. Elle se dirige vers la lisière du camp d’Al-Manij, près de Taëz, où elle cueille des feuilles de Halas, un arbre local. De retour à l’abri, elle les fait bouillir dans un seau, ajoute une pincée de sel, écrase le tout et sert cette pâte à ses petits-enfants pour tromper la faim. La scène se déroule dans un paysage contrasté, où des collines verdoyantes surplombent un sol caillouteux jonché de détritus.

La vie s’organise tant bien que mal dans ce camp de déplacés. Des vêtements usés pendent sur des cordes tendues entre des arbres chétifs, tandis que deux pneus abandonnés gisent dans la poussière. Saeedah Mohammed partage une tente avec ses deux filles divorcées et leurs six enfants. L’aide alimentaire du Programme alimentaire mondial, dont la famille dépendait, a cessé il y a six mois. « On dort le ventre vide, on se réveille sans petit-déjeuner. Ni sucre, ni farine », confie-t-elle.

Le régime à base de feuilles provoque des diarrhées chez les enfants, mais la grand-mère n’a pas d’alternative. Elle mendie parfois pour acheter du pain, récupère des restes dans les restaurants, mais le plus souvent, elle se contente de cette cueillette. « Les gens nous ont oubliés, comme si nous n’existions pas », lâche-t-elle. Sa famille a fui son village en 2015 sous les bombardements, perdant maison et troupeau.

Le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, subit depuis plus d’une décennie une guerre civile qui a déplacé au moins 4,5 millions de personnes. Les financements humanitaires s’amenuisent, et dans les camps, l’absence d’assistance pousse les plus vulnérables à des expédients désespérés. Les enfants de Saeedah n’ont pas goûté à la viande depuis si longtemps qu’ils en ont oublié le goût.

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