Société
Asterya, un havre de soins pour les enfants placés

À Paris, un centre médical unique en son genre ouvre ses portes pour offrir un accompagnement pluridisciplinaire de long terme aux jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance. Son approche repose sur un environnement apaisant et des prises en charge précoces.
Dans un quartier de l’est parisien, une ancienne école a été métamorphosée en un lieu aux courbes douces et aux lumières tamisées. Des étoiles scintillent au plafond, un toboggan relie les étages et un tipi invite au recueillement. Ce décor, pensé pour dédramatiser le soin, accueille Asterya, le premier centre français entièrement dédié à la santé des enfants et adolescents placés sous protection. L’établissement, qui fonctionne en hôpital de jour, propose un parcours de soins global, allant du diagnostic au suivi médical, en partenariat avec les acteurs de ville.
Les jeunes qui franchissent sa porte, parfois dès le plus jeune âge, présentent souvent un lourd passif. Retirés de leur famille après avoir subi des sévices physiques, psychologiques ou sexuels, ils cumulent fréquemment des pathologies variées. Troubles cutanés, asthme, complications dentaires ou encore problèmes de développement psychomoteur figurent parmi les séquelles observées. Les conséquences psychiques sont également massives, avec des risques de dépression précoce, de conduites addictives à l’adolescence ou de maladies auto-immunes.
La fondatrice du projet, le professeur Céline Greco, alerte sur l’urgence d’une intervention rapide. Selon elle, sans une prise en charge adaptée dès les premières années, ces enfants pourraient voir leur espérance de vie réduite de deux décennies. Pourtant, les chiffres actuels sont éloquents. Alors qu’ils représentent une part significative des hospitalisations en pédopsychiatrie, moins d’un tiers d’entre eux bénéficient d’un bilan de santé complet à leur arrivée dans le système de protection.
L’ambition d’Asterya est précisément de combler ce manque. Inspiré par des programmes expérimentaux ayant démontré leur efficacité, le centre mise sur des soins intensifs et pluridisciplinaires. L’objectif est de permettre à ces jeunes, en l’espace de deux à trois ans, de retrouver des courbes de développement conformes à leur âge. Une équipe de professionnels – pédopsychiatres, psychomotriciens, orthophonistes – travaille sans blouse blanche pour instaurer un climat de confiance. Les activités ludiques, comme des parties de cartes ou des descentes de toboggan, servent de support à la relation thérapeutique.
Le modèle, soutenu par des financements publics et privés, entend faire école. Un centre similaire doit ouvrir prochainement à Bordeaux, et d’autres projets sont à l’étude dans plusieurs régions françaises. Au-delà de l’impératif humain, la démarche se justifie aussi par un enjeu sociétal et économique. Les conséquences des violences subies dans l’enfance, si elles ne sont pas traitées, génèrent un coût estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros annuels pour la collectivité. En offrant un espace conçu pour eux, Asterya répond à une attente exprimée par une adolescente lors de son arrivée. Pour la première fois, a-t-elle souligné, quelque chose était vraiment fait pour elle et les autres enfants placés.

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