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_**Nanterre avant l’orage : le récit intime d’un quartier à la dérive**_

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_**Le journaliste Feurat Alani, Prix Albert-Londres pour « Le parfum d’Irak », publie une bande dessinée sur le quartier Pablo-Picasso de Nanterre. Il y mêle l’histoire du jeune Nahel Merzouk, tué en juin 2023, à la mémoire oubliée des bidonvilles et aux tensions persistantes avec les forces de l’ordre.**_

Le 28 mai paraît « Nanterre avant l’orage », troisième ouvrage de Feurat Alani, journaliste français d’origine irakienne âgé de 45 ans. Ce récit dessiné explore le quartier Pablo-Picasso de Nanterre, où il a lui-même grandi, et où Nahel Merzouk, un adolescent de 17 ans, a perdu la vie sous les balles d’un policier en juin 2023. L’auteur, qui avait été récompensé pour son travail sur l’Irak, explique avoir été poussé par ce drame national à raconter le lieu où il s’est produit. Il insiste sur l’importance de décrire ce qui a précédé l’événement, afin de comprendre comment une telle situation a pu advenir.

Le quartier Pablo-Picasso, classé « Patrimoine du XXe siècle », attire autrefois des cars de touristes curieux de son architecture. Pourtant, il reste un espace marqué par une pauvreté sociale élevée, cerné par les richesses de La Défense, de la tour Eiffel ou du mont Valérien. Une frontière psychologique, invisible mais bien réelle, empêche nombre de ses habitants d’en sortir. Alani souligne que cette réalité géographique et historique a contribué à l’acte qui a coûté la vie à Nahel. Les plus grands bidonvilles de France se trouvaient à Nanterre dans les années 1960, et les rapports déjà tendus avec la police à cette époque constituent, selon lui, un continuum avec les violences actuelles.

Le journaliste revendique un regard particulier sur ce quartier. Ancien habitant, il conserve un pied dans cette zone souvent caricaturée par les médias. Issu d’une minorité visible, il estime avoir une légitimité, voire une obligation, de traiter ce sujet. Dans son reportage, il décrit la colère légitime des jeunes oubliés par l’État, une colère destructrice mais mal vécue par ceux qui l’expriment. Il voit dans ces émeutes une validation de leur frustration : brûler, casser, hurler sans être entendu. Pourtant, il choisit de conclure sur une note positive, évoquant la solidarité villageoise du quartier et l’initiative de la « génération Nahel », ces jeunes qui créent un restaurant gastronomique éphémère pour leurs voisins. Alani affirme chercher toujours, dans son travail, une lueur d’espoir, même au cœur de la guerre ou de la misère.

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