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_**Les ostréicultrices de Sierra Leone menacées par la disparition des mangroves**_

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Dans les eaux boueuses des mangroves de Freetown, des générations de femmes tirent leur subsistance de la cueillette des huîtres sauvages. Mais l’expansion urbaine et la coupe illégale des palétuviers mettent en péril cette activité traditionnelle et le fragile écosystème côtier.

Depuis deux décennies, Millicent Turay arpente les racines aériennes des palétuviers de la péninsule de Freetown pour y dénicher les huîtres de mangrove, un mets prisé en Afrique de l’Ouest. Munie d’une machette et de gants, elle s’immerge à marée basse dans une eau saumâtre qui lui arrive parfois à la poitrine. Cette cueillette, essentiellement féminine, est physiquement éprouvante et comporte des risques, mais elle permet à la quinquagénaire de nourrir sa famille et de financer la scolarité de ses enfants. « Je le fais pour survivre », confie-t-elle.

Les huîtres récoltées sont ensuite cuites à la vapeur avec du bois de mangrove, avant d’être ouvertes à la main. Les Sierra-Léonais les consomment le plus souvent en ragoût, tandis que les expatriés et les touristes les préfèrent fraîches. En période faste, Millicent Turay peut gagner environ sept dollars par jour, une somme modeste mais vitale pour son foyer.

Pourtant, ce gagne-pain ancestral est aujourd’hui menacé. La déforestation des mangroves, due à l’urbanisation galopante, à la collecte de bois de chauffage et aux constructions illégales, a entraîné une perte de plus d’un quart de la couverture végétale depuis 1990, selon les estimations officielles. « Aujourd’hui, des gens viennent couper les arbres de la mangrove, explique l’ostréicultrice. Ils disent que c’est pour prendre la terre, mais la mangrove, c’est notre gagne-pain. »

Les images satellitaires confirment cette érosion. Le long de la zone côtière d’Aberdeen, à la périphérie de Freetown, la superficie de la mangrove est passée de 537 hectares en 2017 à 458 en février 2025, selon l’ONG Environmental Justice Foundation. Ce déclin affecte directement la productivité des huîtres sauvages et fragilise un écosystème vital pour la protection des côtes et la biodiversité.

Face à cette situation, le gouvernement sierra-léonais et des communautés locales ont lancé des opérations de replantation. Dans le village de Kolleh Town, l’ONG « Nature for Mangroves » expérimente une approche innovante : la construction de fermes ostréicoles en bambou. Des cordes garnies de coquilles d’huîtres et d’écorces de noix de coco sont suspendues pour attirer les huîtres sauvages, tandis que des naissains sont cultivés. L’objectif est de réduire la pression humaine sur la mangrove en offrant une alternative durable à la cueillette traditionnelle.

« Si nous ne protégeons pas nos mangroves, des millions d’habitants des zones côtières risquent de perdre leurs moyens d’existence », alerte Abubakarr Barrie, coordinateur de l’ONG. Dans la baie de Cockle, Aminata Koroma, 32 ans, regarde avec nostalgie le paysage dénudé. « Il y avait tellement de mangrove avant, et beaucoup de poissons », soupire-t-elle, les pieds dans un marécage où l’urbanisation grignote peu à peu les dernières parcelles de nature.

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