Europe
À Kherson, on jardine encore sous la menace des drones
Kherson vit sous la menace constante des frappes et des drones russes, à moins de six kilomètres des positions ennemies. Une brève trêve humanitaire a…

Kherson vit sous la menace constante des frappes et des drones russes, à moins de six kilomètres des positions ennemies. Une brève trêve humanitaire a offert un peu d’air aux habitants, qui s’organisent pour tenir et préparer l’hiver.
Râteau à la main, un jardinier de 38 ans prépare ses rosiers pour l’hiver. Autour de lui, le bruit d’une tondeuse et la pluie donnent presque l’illusion d’un quotidien normal. Sauf que Kherson, posée sur les bords du Dniepr, se trouve sur la ligne de front. Les forces russes sont installées de l’autre côté du fleuve, à moins de six kilomètres, et la ville est bombardée sans relâche. La trêve humanitaire de ces derniers jours, qui a permis de secourir les habitants d’Olechky, une ville voisine sous occupation russe, ressemble à une parenthèse. Le jardinier en profite pour avancer, avec ses rosiers et ses enfants à protéger.
Le décor rappelle la violence qui s’est abattue sur la cité. Le siège de l’administration régionale, un imposant bâtiment en pierre blanche, a été presque entièrement détruit. Seules les ailes latérales tiennent encore debout. Prise par l’armée russe, occupée pendant huit mois, Kherson a été libérée la même année. Elle est devenue l’une des villes les plus dangereuses du pays pour les civils. Les attaques ne viennent pas seulement du ciel avec des bombes planantes et des missiles. Les drones traquent aussi les personnes dans la rue, qu’il s’agisse d’un vendeur de légumes ou d’ouvriers sur un toit. Des images glaçantes circulent en ligne.
Les drones survolent la zone en permanence, parfois par essaims. Pour rejoindre son travail, le jardinier marche pendant une heure, d’un arbre à l’autre, en cherchant à se cacher. Prendre la voiture serait plus risqué encore, car les véhicules sont systématiquement visés. Il dit sa peur, puis ajoute qu’il n’a pas le choix. Partir où, et avec quel argent, alors que les possibilités manquent dans le pays. Il reste avec sa femme et ses enfants, malgré la reprise probable des hostilités à la fin de la trêve et un hiver rude en perspective.
La ville s’est adaptée. Environ 63 000 personnes y vivent encore, contre plus de 280 000 avant l’invasion russe. Des filets anti-drones couvrent désormais plus de 70 kilomètres de routes. La région compte 15 hôpitaux souterrains et 11 autres sont en construction. La Russie cherche à rendre Kherson inhabitable, mais la ville ne se laisse pas paralyser. Les habitants continuent de travailler et de faire ce qu’ils peuvent pour maintenir la cité en vie.
La vie quotidienne continue malgré tout. Une employée de clinique de 51 ans fait ses courses chaque jour pour sa famille nombreuse. Elle parle d’un état d’esprit positif, de prudence et d’une vigilance qui ne se relâche jamais. Un ingénieur électricien de 50 ans a envoyé sa femme et sa fille de 10 ans dans une ville plus calme, à l’arrière du front. Lui reste dans son immeuble à la façade éventrée. Si tout le monde part, la ville deviendra vide, sans vie, explique-t-il. Un vendeur de croquettes de 45 ans n’a pas pris un jour de congé depuis des mois. Il nourrit les animaux abandonnés et hausse les épaules à l’idée de la reprise des combats. Occupation, libération, bombardements, il estime avoir déjà tout vu.
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