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Lula renverse tout au second tour et le monde se presse à ses félicitations
Le candidat de gauche a devancé le conservateur Flavio Bolsonaro avec 51,8 % des voix, au terme d’un scrutin sous haute tension. Les grandes capitales ont…

Le candidat de gauche a devancé le conservateur Flavio Bolsonaro avec 51,8 % des voix, au terme d’un scrutin sous haute tension. Les grandes capitales ont salué ce retour, sauf Donald Trump, resté silencieux.
Dès l’annonce des résultats, les messages ont afflué. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est réjouie que « la démocratie et le multilatéralisme ont gagné au Brésil », parlant de son « ami » Lula. Emmanuel Macron a appelé à faire « vivre l’amitié entre nos deux pays au service d’un monde plus juste », face aux « grands défis de notre temps ». Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, lui, y voit le début de « la remontada du progressisme mondial ». Les dirigeants de gauche latino-américains ont suivi, de la Mexicaine Claudia Sheinbaum au Cubain Miguel Diaz-Canel en passant par le ministère vénézuélien des Affaires étrangères. Même les présidents de droite du Chili, du Pérou et de l’Équateur ont assuré vouloir continuer à travailler sur des objectifs communs avec le géant régional.
Le contraste est net du côté de Washington. Donald Trump avait salué la « grande victoire » de Flavio Bolsonaro au premier tour, mais n’a pas pipé mot après le second. Le Brésil ne bascule pas à droite comme l’Argentine, le Chili ou la Colombie, tous soutenus par l’ancien président américain. Au-delà du continent, Pékin s’est dit prêt à « continuer » à collaborer avec Brasilia. Le Premier ministre indien Narendra Modi a salué la victoire « remarquable » de son « cher ami », avec qui il compte « faire progresser les priorités communes du Sud ». Moscou a vanté les efforts du président brésilien pour les relations bilatérales comme pour la coopération internationale.
Les chiffres donnent la mesure du basculement. Avec 51,8 % des suffrages contre 48,2 % pour le sénateur Flavio Bolsonaro, Lula a conquis 4,4 millions de voix de plus que son adversaire. Il avait pourtant été devancé au premier tour par l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, condamné pour tentative de coup d’État. C’est la première fois depuis la fin de la dictature militaire, en 1985, qu’un candidat parvient à inverser la tendance au second tour. « Les Brésiliens sont allés voter parce que nous avons réussi à les convaincre que le vote était très important pour garantir la démocratie », a lancé Lula depuis Sao Paulo, à la veille de ses 81 ans.
La partie n’est pas gagnée pour autant. Le raz-de-marée conservateur aux législatives, trois semaines plus tôt, lui laisse une marge de manœuvre étroite. La campagne a révélé un pays profondément fracturé, et une querelle judiciaire a perturbé le jour du vote. Sur décision d’un juge de la Cour suprême, le scrutin a été prolongé de deux heures. L’équipe de Lula avait déposé un recours, dénonçant des électeurs empêchés de voter après le retrait de bus dans certaines villes, notamment dans son fief du Nord-Est. « Il est impossible de reconnaître les élections », a répliqué Flavio Bolsonaro, visage fermé, fustigeant une « magouille ». Son camp avait pourtant aussi réclamé une prolongation dans deux régions, invoquant de fortes pluies. Son père avait déjà refusé d’admettre sa défaite en 2022. Il purge aujourd’hui en résidence surveillée une peine de 27 ans de prison pour avoir tenté de s’accrocher au pouvoir.
Sur le plan personnel, cette réélection couronne un parcours hors du commun et prend des allures de pied de nez au destin pour l’ancien gamin pauvre du Pernambouc. Lula détient déjà un record, aucun président démocratiquement élu n’ayant dirigé le Brésil aussi longtemps. Il aura 85 ans au terme de son dernier mandat, en 2030, et totalisera 16 années au pouvoir, après un premier passage entre 2003 et 2010. Il a su conjurer l’usure du temps et la lassitude envers son Parti des travailleurs, toujours associé aux scandales des années 2000. Lui-même a connu la condamnation pour corruption, qui lui a valu la prison en 2018 et 2019 avant d’être annulée pour des motifs de procédure. Pendant la campagne, le vieux lion a brandi l’étendard de la souveraineté face aux pressions commerciales et diplomatiques des États-Unis.
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