Monde
Lula décroche un quatrième mandat et s’inscrit un peu plus dans l’Histoire
À 81 ans, l’ancien leader syndical brésilien vient de remporter un nouveau mandat face à la droite bolsonariste. Un retour qui prolonge une trajectoire…

À 81 ans, l’ancien leader syndical brésilien vient de remporter un nouveau mandat face à la droite bolsonariste. Un retour qui prolonge une trajectoire déjà hors norme.
Lula s’offre un quatrième mandat à la présidence du Brésil. L’ancien métallo, qui fêtera bientôt ses 81 ans, a battu la droite bolsonariste au terme d’une campagne éprouvante. La fatigue se lisait sur son visage. Sa voix, plus enrouée que jamais le soir de la victoire, trahissait des semaines d’effort. Après un cancer de la peau, il porte un panama sur des cheveux jadis noirs et drus, aujourd’hui gris et clairsemés. Sa barbe signature dit elle aussi les années qui passent. Il se dit pourtant plus en forme que jamais et poste des vidéos de ses exercices physiques quotidiens.
Rien ne prédestinait ce fils de paysans pauvres du Pernambouc au palais présidentiel de Brasilia. Né le 27 octobre 1945, il a grandi dans une famille qui fuyait la faim, installée dans la zone industrielle de Sao Paulo. Ouvrier à 14 ans, il y a perdu un doigt. Devenu leader syndical, il a conduit de grandes grèves à la fin des années 1970, en pleine dictature militaire. Trois campagnes ratées plus tard, il entre au pouvoir en 2003. Réélu en 2006, il quitte ses fonctions avec une popularité au sommet, portée par un boom des matières premières qui a financé des programmes sociaux.
Son héritage le plus connu reste la Bolsa Familia, une allocation destinée aux foyers les plus modestes. Le dispositif a plus de vingt ans. Lula a d’ailleurs reconnu ne pas vouloir « être seulement le président de la Bolsa Familia ». Son troisième mandat avait des airs de remake, avec peu d’idées neuves. On lui reconnaît tout de même d’avoir restauré des politiques sociales abîmées sous son prédécesseur et freiné le saccage de l’Amazonie. Une condamnation pour corruption lui a coûté 580 jours de prison en 2018-2019. Annulée pour vices de procédure et partialité du juge, elle nourrit toujours le refrain de « Lula voleur » à droite. Jair Bolsonaro, son rival de 2022, a été condamné depuis à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État.
Lula a aussi su se réinventer. Lui qui dédaignait le téléphone portable se proclame désormais « roi du selfie ». Un virage amorcé après son retard au premier tour face au conservateur Flavio Bolsonaro, qui dit long sur un pays massivement connecté et profondément polarisé. À ses côtés, son épouse Rosangela da Silva, dite Janja, 60 ans, sociologue féministe, s’est imposée comme une figure forte du mouvement. Ce supporter des Corinthians assure vouloir sauver la démocratie face à l’extrême droite. Il n’a pas poussé d’héritier. Et aucun autre président démocratiquement élu n’a dirigé aussi longtemps le plus grand pays d’Amérique latine.
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