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Des frappes jordaniennes en Syrie laissent une famille dévastée et ravivent la crise entre Amman et Damas

La Jordanie affirme avoir ciblé des jihadistes de l’EI après l’attaque d’une église dans le royaume, tout en disant regretter des victimes civiles dans le…

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Des frappes jordaniennes en Syrie laissent une famille dévastée et ravivent la crise entre Amman et Damas

La Jordanie affirme avoir ciblé des jihadistes de l’EI après l’attaque d’une église dans le royaume, tout en disant regretter des victimes civiles dans le sud syrien. À al-Taf, un jeune homme a perdu sa mère, son frère et trois enfants dans une maison touchée par un missile.

Nassouh al-Salim se trouve près d’un sac mortuaire gris, dans une ambulance qui ramène les corps de plusieurs membres de sa famille. Il raconte ce qui s’est passé dans le hameau d’al-Taf, près de la frontière jordanienne. Le missile est tombé sur la pièce centrale de la maison pendant que les siens dormaient. Sa mère, son grand frère et les trois enfants de ce dernier, deux garçons et une fille, ont été tués. Autour de la bâtisse détruite, des livres et des cahiers d’écoliers jonchent les décombres, mêlés à des vêtements et à des restes de meubles.

Amman assure que ces frappes visaient des membres du groupe Etat islamique liés à la fusillade contre une église grecque orthodoxe où neuf personnes étaient rassemblées pour des funérailles. Les autorités jordaniennes ont arrêté trois hommes présentés comme les auteurs de l’attaque, deux frères et leur beau-frère, des islamistes radicaux de nationalité jordanienne. La Jordanie dit avoir tué plus de vingt jihadistes et détruit un important dépôt d’armes de l’EI. Elle exprime aussi des regrets après la mort de civils.

Damas ne voit pas les choses de la même façon. Les autorités syriennes font état de sept morts, dont les cinq proches de Nassouh al-Salim à al-Taf et deux autres personnes dans deux localités distinctes. Elles dénoncent des frappes menées sans coordination avec elles et parlent d’une violation inacceptable de leur espace aérien. Conséquence immédiate, le principal poste-frontière entre les deux pays est fermé et le trafic de passagers comme de marchandises est suspendu dans les deux sens.

Dans le village, la colère se mêle aux condoléances. Yassine al-Salim, 78 ans, un proche de la famille, parle de jeunes innocents qui n’avaient rien fait. Yasser al-Sardi, 46 ans, épicier du village, affirme qu’un avion est arrivé de nuit et a bombardé à l’aveugle, alors que des habitants sans lien avec des groupes armés vivaient là. Le directeur des soins infirmiers de l’hôpital de Sanamein, Mohammad al-Fadel, indique que les équipes ont reçu les corps de trois enfants âgés de 8 à 10 ans et celui d’une femme d’environ 60 ans, présentée comme leur grand-mère. Deux petits de quatre et cinq ans ont aussi été blessés.

Cette séquence intervient dans un contexte déjà tendu. L’EI a contrôlé de vastes territoires syriens avant sa défaite en 2019, et continue de revendiquer des actions contre les forces gouvernementales, notamment dans le désert et dans le nord du pays. Le groupe était aussi implanté dans la province de Deraa, où se trouve al-Taf. La Jordanie a déjà bombardé le sud syrien en disant viser des trafiquants d’armes ou de drogue. Depuis l’arrivée de nouvelles autorités à Damas, les deux pays affichent leur volonté de lutter contre la contrebande à leur frontière commune. Mais cet épisode est présenté comme la crise la plus grave entre eux depuis qu’une coalition islamiste a renversé Bachar al-Assad fin 2024.

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