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Adigrat panse ses plaies après le passage des drones et des soldats érythréens
Des camions carbonisés bordent encore les routes autour d’Adigrat. Les habitants racontent des nuits d’explosions, le départ des troupes érythréennes et…


Des camions carbonisés bordent encore les routes autour d’Adigrat. Les habitants racontent des nuits d’explosions, le départ des troupes érythréennes et une sécurité qui reste fragile.
Aux abords d’Adigrat, dans le nord du Tigré, des épaves de camions carbonisés rappellent les attaques de drones menées par les forces fédérales éthiopiennes contre des soldats érythréens installés dans la zone. La ville se trouve à une quarantaine de kilomètres au sud de la frontière avec l’Érythrée, un voisin aux relations très tendues. Les deux pays ont coupé leurs liens diplomatiques et se reprochent mutuellement des manœuvres de déstabilisation. Ce climat nourrit la crainte d’un nouveau conflit, après une guerre frontalière qui a déjà fait des dizaines de milliers de victimes.
Des milliers de soldats érythréens avaient passé la frontière pour soutenir les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré, qui avaient lancé une attaque contre les forces fédérales. Les troupes d’Asmara et les rebelles ont ensuite été refoulées par les drones d’Addis-Abeba. Une partie des soldats érythréens est repartie, mais d’autres restent positionnés côté éthiopien, près de la frontière.
Dans un petit village au nord d’Adigrat, Hagos, 48 ans, raconte qu’un drone a touché, une nuit, un camion transportant des soldats érythréens ainsi que des obus de mortier. Les explosions ont duré plus de trois heures et demie, explique ce père de quatre enfants, qui décrit la peur qui l’a saisi. Haymanot, 33 ans, a elle entendu plus de dix explosions près de chez elle lorsque des drones ont frappé des forces érythréennes et des rebelles du TPLF. Elle se souvient aussi d’avoir vu des soldats érythréens entrer dans son quartier peu avant, avec de la colère. Ils sont désormais partis, et elle espère qu’ils ne reviendront jamais.
Elias Desta, 36 ans, résident d’Adigrat, n’a pas oublié les exactions attribuées à l’armée érythréenne pendant la guerre du Tigré, qui a fait au moins 600 000 morts. Cette armée soutenait alors les forces fédérales contre le TPLF avant un revirement d’alliance. Elle a été accusée de nombreux crimes de guerre, dont des viols. Voir l’armée érythréenne ici, c’est comme voir le diable, confie-t-il, en se rappelant des soldats arrivés à pied et avec des véhicules.
Malgré leur départ, la situation n’est pas totalement apaisée. Les forces de police et les dispositifs de sécurité se sont effondrés, certains prisonniers ont été libérés et la ville connaît de nombreux vols et agressions à l’arme blanche, assure Elias Desta. Des forces fédérales patrouillent dans les rues avec des armes lourdes. Les écoles restent fermées, les commerces et restaurants sont ouverts mais beaucoup manquent de marchandises. Plus au nord, à Zalambessa, ville-frontière côté éthiopien, des soldats érythréens sont toujours présents. Le gouvernement fédéral a annoncé la mise en place d’une administration intérimaire de six mois au Tigré, avec à terme l’organisation d’élections. Les habitants attendent qu’elle rétablisse la paix et la sécurité, et qu’elle permette l’acheminement de l’aide humanitaire. La population est confrontée à une grave famine et a besoin d’assistance.
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