Société
Mobilisation contre la vie chère, une journée sous haute surveillance
Des dizaines d’interpellations à Paris et des actions dans plusieurs villes ont marqué une mobilisation contre la vie chère, portée par d’anciens gilets…


Des dizaines d’interpellations à Paris et des actions dans plusieurs villes ont marqué une mobilisation contre la vie chère, portée par d’anciens gilets jaunes et des jeunes. Entre contrôles stricts, incidents et appels à faire renaître le mouvement, le gouvernement tente de contenir la colère.
À Paris, la mobilisation a été encadrée de près. Une soixantaine d’interpellations ont eu lieu et les forces de l’ordre sont intervenues autour de deux cortèges sauvages. Les contrôles visaient à faire respecter les arrêtés interdisant de manifester dans plusieurs secteurs de la capitale. Vingt et une personnes ont été interpellées après une action devant les locaux d’une chaîne d’information, où des projectiles ont été lancés et des vitres brisées. Les policiers ont dispersé le groupe.
La tension est montée dans plusieurs villes. À Marseille, à Valenciennes et à La Rochelle, des manifestants, parfois avec des gilets jaunes, ont donné le coup d’envoi de la journée. À Rouen, un bâtiment de la faculté de lettres a été touché, les premières constatations orientant vers une origine criminelle. À Marseille, un poste de police municipale a été pris pour cible. À Lyon, les policiers ont dispersé avec des grenades lacrymogènes près de trois cents personnes rassemblées devant l’université Lyon 3, après que des manifestants ont crié « Siamo tutti antifascisti ». À Toulouse, les forces de l’ordre sont intervenues pour empêcher des blocages de trains et d’un rond-point. Peu de blocages ont finalement été constatés.
À Guéret, environ trois cents personnes ont manifesté, dont un quart de lycéens. Franck, fonctionnaire quadragénaire, résume la colère ambiante. « À la fin du mois, je n’ai plus rien, les prix augmentent mais pas les salaires. On n’en peut plus, on étouffe. » À Clermont-Ferrand, plusieurs centaines de personnes, beaucoup de jeunes, ont défilé derrière une banderole rouge proclamant « une seule solution la révolution ». Lise, seize ans, élève en première dans un lycée du centre-ville, explique que les revendications ne sont pas entendues et que la mobilisation se fait aussi par solidarité avec des lycées délabrés.
L’appel, lancé par d’anciens gilets jaunes et des jeunes, visait à faire renaître un mouvement né sous le premier mandat d’Emmanuel Macron. Il s’adressait aussi aux habitants des quartiers, aux paysans, aux ouvriers et aux retraités, invités à descendre dans la rue, à occuper des ronds-points ou à se rassembler près de stations-service, de péages et d’axes de circulation. L’ampleur reste difficile à évaluer, d’autant que la mobilisation coïncide avec le début des vacances scolaires. Une intersyndicale a par ailleurs appelé les salariés du public et du privé à manifester et à faire grève, notamment pour les salaires et les services publics.
Les autorités anticipent des débordements dans les cortèges, surtout à Paris et dans les grandes villes, et préviennent que les blocages sur des axes structurants ou des équipements majeurs ne seront pas tolérés. Environ mille cinq cents actions, manifestations ou blocages étaient annoncés dans le pays. Quelque cent cinquante mille manifestants étaient attendus hors agglomération parisienne et environ quarante mille à Paris. Les organisations étudiantes et lycéennes, qui réclament une rencontre avec le ministre, voulaient rejoindre les lieux de pouvoir au centre de la capitale, ce qui n’a pas été autorisé. Le départ du cortège parisien a finalement été fixé place de la République, en direction de la place de Clichy, après des discussions serrées et des interdictions autour de l’Élysée, de Matignon et des Champs-Élysées.
Emmanuel Macron a appelé au calme. La CGT soutient les actions là où les conditions seront réunies. Pour Agathe Le Berder, membre du bureau confédéral, le gouvernement doit apporter des réponses politiques sur son budget, les salaires et le blocage des prix du carburant. Plusieurs députés LFI sont attendus dans les cortèges, ainsi que Marine Tondelier, cheffe des Écologistes, et Fabien Roussel, patron du Parti communiste. Le gouvernement a aussi cherché à désamorcer le mécontentement avec une enveloppe de 500 et 700 millions d’euros pour le plan de relance agricole de 2027 et la prolongation d’aides à l’achat de carburants, alors que la perspective d’une mobilisation des agriculteurs revenait.
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