Économie
La France range ses cages à poules, un chantier à 30 euros la volaille
La filière veut 90% de poules élevées hors cages d’ici 2030, contre 78% aujourd’hui. Dans la Drôme, Yvan Moréon a déjà attaqué la transformation de ses…


La filière veut 90% de poules élevées hors cages d’ici 2030, contre 78% aujourd’hui. Dans la Drôme, Yvan Moréon a déjà attaqué la transformation de ses bâtiments, quitte à produire moins pendant les travaux.
Quelques plumes traînent au sol. Il reste une armature de fer dépouillée et de vieux panneaux numérotés où le mot batterie s’efface à peine. Dehors, des bennes engloutissent les cages empilées les unes sur les autres. D’ici quelques mois, ce hangar de Hostun, dans la Drôme, recevra ses poules autrement, à même le plancher. Yvan Moréon, 57 ans, résume la situation sans détour. Les œufs dits hors cages, c’est la demande, il faut produire ce qui se vend, c’est dans l’air du temps.
Son entreprise élève des poules et conditionne leurs œufs. Elle vend surtout à des grossistes, qui approvisionnent ensuite la restauration hors domicile, restaurants et cantines en tête, parfois aussi des industriels. Ces acheteurs travaillent principalement avec des œufs code 2, pondus par des poules élevées en bâtiment mais au sol, et code 3, issus de poules en cages. Le grand public, lui, a déjà choisi. En supermarché, les Français se tournent vers le plein air, code 1, ou le bio, code 0. Ces deux catégories représentent à elles seules la moitié du marché national. L’interprofession des œufs s’est fixé un cap ambitieux, atteindre 90% de poules hors cages en 2030. On en est à 78% aujourd’hui. Sur les 147 bâtiments encore équipés de cages, la plupart ont déjà programmé des travaux pour tenir le rythme.
Le mouvement dépasse largement les frontières françaises. Une promesse européenne évoque une transition vers des systèmes d’élevage sans cage et la fin du broyage des poussins mâles. Cette pratique est déjà interdite en France, et les cages le sont aussi dans les bâtiments neufs. Les défenseurs du bien-être animal attendaient cette annonce depuis des années, eux qui avaient réuni 1,4 million de signatures en 2021 dans le cadre d’une initiative citoyenne réclamant l’abolition des cages. Pour Yves-Marie Beaudet, éleveur et président du CNPO, le calendrier européen sera largement respecté grâce à une démarche volontaire. Encore faut-il que les choses avancent. Si le projet est déposé fin 2026, il sera peut-être voté en 2028, avec une transition pouvant s’étaler sur dix ans. Et il faudra convaincre des pays réticents, à commencer par la Pologne, très dépendante des cages pour sa production.
Chez les Moréon, on n’a pas attendu. Yvan et son fils Andréa ont décidé de transformer un de leurs quatre bâtiments chaque année à partir de 2025. La facture grimpe à 30 euros par poule, soit environ 1,2 million d’euros pour un bâtiment de 45.000 poules. Un bâtiment neuf coûte aujourd’hui plus de 50 euros par poule. Les travaux durent quatre mois, puis arrivent les poulettes. Il leur faudra un mois pour s’acclimater à la volière et apprendre à aller pondre dans les nids. Elles y resteront un peu plus d’un an avant l’abattoir. Pendant six mois, à cause du chantier, l’éleveur et son fils se privent d’un quart de leur production. Comme lors des périodes de vide sanitaire entre deux lots, ils compensent en achetant des œufs ailleurs, jusque dans le Grand Ouest, première région productrice, pour les conditionner et les revendre. De quoi rentabiliser les trois millions d’euros investis ces dernières années dans l’automatisation du calibrage et de l’emballage, au sein de leur mini usine.
Yvan Moréon a aussi pensé chaque détail pour ne rien perdre en chemin. Il a organisé le réaménagement de façon à installer autant de poules au sol qu’il en avait auparavant en cages. Les larges allées entre les anciennes batteries à deux étages rendent l’opération possible. Le tour de force est rare, car passer des cages au sol fait généralement perdre entre 10 et 20% de places, le nombre de mètres carrés par poule étant encadré. Comptez 13 poules au mètre carré en cages, contre 9 au sol. Dans un bâtiment avec des poules au sol, il faut être plus attentif, c’est plus technique, confirme Andréa, 23 ans, troisième génération d’éleveurs de la famille. Cela demande aussi plus de temps, surtout à l’arrivée des poules, quand vient le moment de les éduquer. Et un peu plus d’argent, car elles consomment davantage d’aliment.
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