Europe
Andy Burnham promet de reprendre la main sur l’eau, l’énergie et les retraites
Arrivé au pouvoir en juillet, le Premier ministre britannique a choisi le congrès travailliste de Liverpool pour dévoiler un projet qui assume le retour…


Arrivé au pouvoir en juillet, le Premier ministre britannique a choisi le congrès travailliste de Liverpool pour dévoiler un projet qui assume le retour de l’État dans les services essentiels. Un discours aux accents de campagne avant l’heure, déjà contesté par l’opposition et par Reform UK.
Andy Burnham a choisi la scène du congrès annuel du parti travailliste, à Liverpool, pour poser les bases de ce qu’il veut laisser derrière lui. Le Premier ministre britannique, 56 ans, a promis mardi de « rompre » avec les gouvernements qui, selon lui, ont placé le Royaume-Uni sur « un mauvais chemin ». Devant une salle qui ne cachait pas son enthousiasme, il a défendu un réengagement de l’État dans de nombreux services essentiels, de l’eau à l’énergie.
Sa prise de parole était très attendue. Depuis son arrivée au pouvoir en juillet, il s’était limité à quelques mesures sur le pouvoir d’achat, et beaucoup de militants comme de Britanniques voulaient en savoir davantage sur son projet pour le pays. S’exprimant sans pupitre, avec une aisance qui tranche avec celle de Keir Starmer, il a lancé « Nous ferons en sorte que le pays fonctionne de nouveau pour vous ». La salle a aussi été conquise par un passage plus personnel, quand le dirigeant a difficilement retenu ses larmes en évoquant son père, décédé plus tôt dans le mois.
Le concret, maintenant. Burnham veut accorder « davantage de contrôle » aux pouvoirs publics sur les services essentiels. Il a promis de lancer un vaste programme de logements sociaux, de créer une entité publique chargée de gérer le réseau électrique, et d’ouvrir par la loi la voie à une nationalisation des services d’eau.
Le calendrier ne lui laisse guère de répit. Son premier budget est attendu fin octobre, dans un contexte difficile, et il reste largement contraint par l’héritage de Keir Starmer, qui a ramené la gauche au pouvoir en 2024 après quatorze années passées dans l’opposition. Faute de marges de manoeuvre immédiates, il a donc surtout parlé de l’après, dans un discours tourné vers les prochaines élections, prévues en 2029. Il dit vouloir travailler à une vaste réforme du système social, sur le modèle du NHS, le système de santé public et gratuit financé par l’impôt. Pour la financer, il se déclare prêt à changer les règles de calcul des pensions de retraite à partir de 2030. Un dossier politiquement périlleux, et déjà attaqué. Nigel Farage, à la tête du parti nationaliste Reform UK, l’accuse « d’abdiquer sa responsabilité envers les retraités ».
Il a également annoncé la création d’une commission chargée de plancher sur une réforme du système électoral, celui-là même qui a offert au Labour une imposante majorité à la Chambre des communes avec environ 30 % des voix au niveau national. Sur le plan diplomatique, le Premier ministre proposera « différentes options » pour les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne lors d’un sommet bilatéral prévu d’ici la fin de l’année. « Nous ne mettrons pas le Royaume-Uni sur la voie claire dont nous avons besoin tant que nous n’aurons pas décidé la relation de long terme » avec l’UE, a-t-il affirmé, en assurant vouloir défendre l’économie britannique, préoccupée par le projet européen de défense du « made in Europe ».
Dans les allées du congrès, le discours a largement séduit. « C’est tout ce que j’ai toujours voulu entendre de la part d’un Premier ministre », s’enthousiasme Ralitsa Vasilovska, cheffe d’entreprise de 39 ans, qui salue aussi une « prise de risque politique ». Pour la syndicaliste Gloria Mills, avec Andy Burnham, le Labour a retrouvé ses valeurs. Reste à convaincre en dehors du parti. Kemi Badenoch, cheffe de l’opposition, estime que rien de ce qui a été annoncé ne réglera les problèmes de long terme du Royaume-Uni, et l’accuse de vouloir « ramener le pays dans les années 1970 ».
Les intentions de vote rappellent que la partie est loin d’être gagnée. Si le Labour s’était hissé en tête peu après l’arrivée de Burnham, Reform UK repasse devant dans un sondage publié mardi, avec 25 % contre 24 %, alors que l’immigration figure parmi les principales préoccupations de la population. Sur ce terrain, le Premier ministre a pointé la responsabilité du Brexit et de ses promoteurs, Nigel Farage compris, tout en disant « comprendre la colère » suscitée par les arrivées clandestines de migrants sur de petites embarcations, dont il souligne qu’elles ont baissé de 40 % cette année.
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