Économie
La France s’apprête à emprunter plus que jamais, au pire moment
L’État veut lever 340 milliards d’euros sur les marchés l’an prochain, un sommet historique. Une gageure alors que la dette publique bat des records et…


L’État veut lever 340 milliards d’euros sur les marchés l’an prochain, un sommet historique. Une gageure alors que la dette publique bat des records et que les investisseurs ont déjà les yeux braqués sur la présidentielle.
L’Agence France Trésor, qui gère la dette de l’État, a dévoilé mardi son programme de financement pour l’année qui vient. Il prévoit 340 milliards d’euros d’emprunts à moyen et long terme, une fois déduits les rachats de titres. C’est 30 milliards de plus que cette année. Du jamais-vu. La cause est simple et implacable. Les centaines de milliards contractés à vil prix pendant la pandémie de COVID-19 arrivent à échéance et doivent être refinancés. Or les taux ont grimpé depuis. Le service de la dette deviendra donc le premier poste de dépense du budget de l’État, devant toutes les politiques publiques.
Le climat sur le marché obligataire n’arrange rien. Les investisseurs s’inquiètent des finances publiques françaises, et ils le font savoir. Leur méfiance se lit dans l’écart de rendement entre l’obligation allemande et la française à dix ans, l’indicateur que les professionnels appellent le spread. Plus il se creuse, plus la France paie cher pour emprunter par rapport à son voisin. Ce mois-ci, cet écart a franchi la barre des 100 points de base, une première depuis 2012. Et il n’a cessé de s’élargir depuis, jusqu’à 114 points de base mardi.
La photographie de la dette publique ne rassure pas davantage. L’Insee a annoncé mardi qu’elle atteignait 119,0 % du produit intérieur brut à la fin du deuxième trimestre. Un niveau qui dépasse même ceux enregistrés pendant la crise sanitaire, quand l’économie tournait au ralenti et que les dépenses de l’État explosaient pour amortir le choc.
Reste l’échéance politique, et elle pèse lourd. Le gouvernement présente jeudi son projet de loi de finances 2027, ce qui ouvre une session budgétaire à haut risque. Il reste moins de sept mois avant le premier tour de l’élection présidentielle, et l’Assemblée nationale ne dispose d’aucune majorité depuis 2024. Dans ce paysage, convaincre les prêteurs de financer la France à un coût raisonnable relève du numéro d’équilibriste.
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