Europe
Une simple phrase fait mousser les brasseurs belges
La Belgique veut durcir l’avertissement affiché dans les publicités pour l’alcool. Les brasseurs, emmenés par le géant AB InBev, dénoncent une attaque…


La Belgique veut durcir l’avertissement affiché dans les publicités pour l’alcool. Les brasseurs, emmenés par le géant AB InBev, dénoncent une attaque contre une tradition nationale.
Le débat agite la Belgique. Le gouvernement fédéral veut modifier l’avertissement qui figure dans les publicités pour l’alcool. Aujourd’hui, le message rappelle que l’abus d’alcool nuit à la santé. Demain, il pourrait prévenir plus largement que l’alcool lui-même nuit à la santé. Sur le papier, l’écart semble minuscule. Dans les faits, il ne l’est pas.
Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, défend cette évolution. Il y voit une meilleure protection des mineurs et une information plus juste pour les adultes. Les emballages, eux, ne sont pas concernés. Le texte reste en discussion au Parlement fédéral, où le ministre doit venir s’expliquer.
Chez les brasseurs, la colère monte. Ils jugent le nouveau message dépourvu de nuance et redoutent qu’il stigmatise un secteur central pour l’économie du pays. Emmenés par AB InBev, premier brasseur mondial installé à Louvain, ils ont publié une vaste campagne dans les grands journaux belges. Une pleine page montre un homme et une femme attablés, souriants, un verre de bière à portée de main. La question s’affiche en grosses lettres. En quoi ces moments posent-ils problème ? Le texte qui l’accompagne accuse le nouvel avertissement de ne plus distinguer consommation abusive et consommation responsable. Il glisse aussi vers le terrain de l’identité. La Belgique pointerait du doigt ses propres traditions, celles qui font sa fierté nationale. Une bière, peut-on lire, c’est bien plus qu’un produit, c’est un lien entre les gens.
Krishan Maudgal, à la tête de la fédération des brasseurs belges à l’origine de la campagne, assume ces arguments. Le nouvel avertissement relève selon lui du paternalisme. Il risque de culpabiliser des personnes déjà conscientes des dangers d’une consommation excessive. Il rappelle aussi que le marché a changé. En vingt-cinq à trente ans, la consommation de bière en Belgique a reculé de près de 40 %. Sa fédération dit représenter 132 des 385 brasseries du pays, soit 90 % du volume produit.
En face, les défenseurs de la santé publique ne partagent pas cette lecture. Le Conseil supérieur de la santé réclame une interdiction totale de la publicité pour l’alcool et des étiquettes bien plus détaillées sur les bouteilles et les canettes. Dans un avis, il estimait que les slogans actuels du secteur insistaient trop peu sur les dangers de l’alcool et entretenaient la confusion. L’Organisation mondiale de la santé va dans le même sens. Boire de l’alcool augmente le risque de plusieurs cancers, du sein, du foie ou de l’intestin, et aucune quantité ne peut être considérée comme sans danger.
Martin de Duve, alcoologue belge qui dirige une association de prévention sur un campus universitaire, juge l’attitude des grands brasseurs irresponsable. À ses yeux, ils montent en épingle une mesurette, un simple changement de phrase dans les publicités. Il pointe aussi ce qui se joue en coulisses. La baisse de la consommation et l’engouement pour le sans alcool inquiètent les industriels. Boire un verre sans alcool en soirée est devenu socialement acceptable, et le curseur se remettrait enfin au bon endroit.
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