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En Grèce, l’appel au secours des migrants enfermés dans un centre pilote

Dans le nord de la Grèce, un centre d’hébergement fermé financé par l’Union européenne retient des centaines de migrants. Présenté comme un modèle, il…

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En Grèce, l'appel au secours des migrants enfermés dans un centre pilote

Dans le nord de la Grèce, un centre d’hébergement fermé financé par l’Union européenne retient des centaines de migrants. Présenté comme un modèle, il concentre les critiques de ses occupants, qui dénoncent des conditions de vie indignes et évoquent des envies de suicide.

La Grèce assume une ligne dure face à l’immigration, et elle avance avec d’autres. Avec l’Allemagne et le Danemark, elle fait partie des cinq pays de l’Union européenne qui travaillent à mettre sur pied des « hubs de retour ». Le principe ? Expédier hors de l’UE des demandeurs d’asile dont la requête a été rejetée. Une réunion des ministres de l’Intérieur de dix-sept pays européens doit se pencher sur la question en Allemagne.

Un texte récent a durci le cadre. Depuis l’entrée en vigueur du Pacte européen sur la migration, les personnes qui ne présentent pas un profil de réfugié sont retenues dans des centres fermés, en attendant un rejet probable de leur dossier puis leur renvoi. Pour les ressortissants du Bangladesh, d’Égypte ou du Pakistan, le taux d’acceptation des demandes d’asile reste sous la barre des 1 %.

C’est là que s’inscrit le camp de Sintiki, dans le nord du pays, collé à la frontière bulgare. Ouvert en 2020 et financé par Bruxelles, il est présenté par les autorités grecques comme un « projet pilote » destiné à faire baisser les arrivées et à accroître les retours.

Près de 400 migrants égyptiens et bangladais y sont enfermés. Dans une lettre ouverte, plusieurs d’entre eux ont lancé un appel au secours. « Nous sommes emprisonnés depuis plus de douze mois (…) Les gens ici sont comme des bombes à retardement », écrivent-ils. Beaucoup, disent-ils, songent à mettre fin à leurs jours. « Nous sommes écrasés, physiquement, psychologiquement et moralement. » Leur quotidien se résume à des rations à peine suffisantes, à partager entre quatre toilettes et trois robinets.

La tension est montée d’un cran depuis des mois. La police fait face à des migrants qui tentent de s’échapper après de longues semaines d’enfermement. Plus de cinquante personnes ont été arrêtées. Un haut responsable de la police décrit un camp comme « bombardé », conséquence des heurts à répétition. « Que sont-ils censés faire ? Ils ont atteint un point de rupture », lâche un gardien, rencontré après son service. Yiannis Kounios, président du syndicat de police de la région de Serres, confirme que « trois des quatre secteurs de l’établissement ont été détruits ».

Le climat pèse aussi. Dans ce secteur, le thermomètre plonge à moins dix degrés en hiver et grimpe jusqu’à quarante-cinq en été, rappelle Spyros Leonidas, président de la communauté du village voisin de Promachonas. La médecin et ancienne députée de gauche Afroditi Stambouli alerte sur les maladies de peau et les infections qui gagnent les occupants. Les conseillers juridiques, eux, n’ont pas le droit de franchir les grilles. « Les conditions d’hygiène sont lamentables », s’émeut-elle. La nourriture n’est distribuée qu’une seule fois, sans réfrigérateur pour la conserver, sans machine à laver, sans produits de nettoyage.

Le ministre de la Migration et de l’Asile, Thanos Plevris, un ancien élu d’extrême droite, rejette ces critiques. Les conditions d’accueil y sont « excellentes », assure-t-il, et ce sont « les détenus qui détruisent tout », parce qu’ils refusent d’être enfermés. Il ne masque pas la logique du lieu. « Ce que nous leur disons, c’est que vous serez détenus jusqu’à votre expulsion. L’expulsion n’est pas facile, elle nécessite la coopération d’autres États », a-t-il reconnu. Sintiki était selon lui un « projet pilote » conçu pour faire reculer les arrivées et augmenter les retours.

Dans la région, les élus locaux réclament la fermeture du centre. « Est-ce que quelqu’un veut un centre pour migrants dans sa région ? » interroge le maire, Giorgos Tatsios. À l’ouverture, se souvient-il, des habitants montaient la garde à l’entrée des villages, fusils de chasse en main, pour repousser les migrants.

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